Enjeux - Les Biocarburants : une voie d'avenir ?
Les Biocarburants : une voie d'avenir ?
Avec l’épuisement programmé des ressources pétrolières, la volatilité des cours du baril et l’impact des émissions de gaz carbonique sur le réchauffement climatique … tout le monde est d’accord, il est indispensable de trouver des sources d’énergies susceptibles de remplacer le pétrole. Les biocarburants qui sont développés de façon significative depuis une trentaine d’années aux Etats-Unis ou au Brésil et en Europe depuis le milieu des années 1980, constituent une source d’énergie renouvelable directement exploitable. Après avoir suscité en France un réel engouement, depuis deux ou trois ans, ils sont attaqués de toutes parts. Regardons de plus près l’intérêt des biocarburants, essayons de comprendre pourquoi ils sont aujourd’hui décriés et tentons de voir si ces critiques sont justifiées.
LE CONCEPT
Définition Les biocarburants que certains appellent aussi agrocarburants, résultent comme le pétrole, de la transformation de la matière organique végétale. Mais contrairement au pétrole d’origine fossile, issu de végétaux produits et accumulés il y a des centaines de millions d’années, les biocarburants sont fabriqués à partir de végétaux produits chaque année, par les agriculteurs sur leur exploitation. Il s’agit donc d’une source d’énergie renouvelable. Les biocarburants peuvent être issus de la transformation de cannes à sucre, betteraves, blé, maïs, colza, tournesol, soja … autant de productions annuelles. A l’avenir, et si les progrès technologiques le permettent, la matière première pourra provenir de taillis d’arbres à courte rotation ou de plantes comme le miscanthus, des cultures qui dans ce cas, poussent sur plusieurs années. Ils pourront aussi être fabriqués à partir de sous-produits ou de déchets (paille, résidus de scieries, déchets verts, …) Il existe deux types de biocarburants : le bioéthanol et les biodiesels dont la marque la plus connue en France est diester. Le bioéthanol Le bioéthanol est aujourd’hui produit essentiellement à partir de cannes à sucre au Brésil, de maïs aux Etats-Unis, ou de betteraves, de blé et de maïs en Europe. Mais il peut être élaboré à partir de toutes sources de produits riches en sucres ou en amidon qui sont en fait de longues chaînes carbonées. Les sucres contenus dans la matière première sont transformés en alcool par fermentation. Le bioéthanol peut être mélangé à l’essence, dans des proportions qui varient de 5 % dans l’E5, ou 10 % dans l’E10, … à 85 % dans l’E85 et même 100 %, dans l’E100. L’éthanol peut être incorporé à l’essence, dans une proportion pouvant aller jusqu’à 10 % sans qu’il ne soit nécessaire de modifier les moteurs. Au-delà de ce taux, les véhicules doivent être équipés de moteurs flex-fuel, qui fonctionnent soit avec de l’essence classique, soit avec un mélange essence et bioéthanol. L’E100 exige des moteurs spécifiques. Le biodiesel Le biodiesel est fabriqué à partir de graines d’oléagineux, c’est-à-dire de plantes riches en huile, comme le colza ou le tournesol en Europe, le soja aux Etats-Unis, le palmier à huile en Asie. Il est le fruit d’une réaction chimique appelée estérification, entre l’huile végétale extraite des plantes et un alcool (méthanol ou éthanol) dans des proportions d’une tonne d’huile pour 100 kg d’alcool. Le biodiesel se mélange directement au gazole, il peut être utilisé par tous les véhicules diesel sans engendrer de modification des moteurs. Il est actuellement incorporé en moyenne à hauteur de 6% dans le gazole français distribué dans les stations services. Il est également utilisé depuis plus de 10 ans, par des collectivités et des entreprises, sous forme d’un mélange 30% de biodiesel + 70% de gazole.
LE CONTEXTE
Réduction des gaz à effet de serre En Europe, les biocarburants se sont surtout développés pour leurs avantages vis-à-vis de l’environnement car ils constituent l’une des réponses possibles pour réduire les émissions de gaz à effet de serre. Leur combustion libère certes du gaz carbonique (CO2), l’un des principaux gaz à effet de serre, mais il s’agit de CO2 que les plantes ont piégé lors de leur croissance, à partir du CO2 déjà présent dans l’atmosphère. Des carburants propres La diminution des taux de rejets polluants dans l’atmosphère est aussi un argument développé par les filières de production de biocarburants : ils ne dégagent pratiquement que du CO2 et de la vapeur d'eau et contrairement aux carburants d’origine fossile, pas ou très peu d'oxydes azotés et soufrés (NOx, SOx). Ainsi, de par ses propriétés lubrifiantes, l’introduction de biodiesel dans les diesels, a permis aux pétroliers de supprimer les ajouts de soufres dans leurs carburants. L’introduction de bioéthanol dans l’essence améliore également sa combustion, en augmentant son indice d’octane. Un allègement de la facture pétrolière Troisième argument mis en avant par les défenseurs des biocarburants : la réduction de la dépendance vis-à-vis des importations de pétrole : chaque tonne de biocarburant produite, c‘est une tonne d’essence ou de gazole issue de pétrole importé qui est économisée. C’est le premier objectif des deux grands producteurs de bioéthanol, les États-Unis et le Brésil qui considèrent leur approvisionnement en énergie, comme un enjeu stratégique, d’autant plus stratégique qu’une grande partie de la production pétrolière de la planète est entre les mains de pays politiquement instables. Le pétrole représente en valeur plus de 80% des importations d’énergie françaises (source : base de données Pégase, Ministère de l'Économie, des Finances et de l'Industrie). Toute énergie nouvelle contribue à diversifier les sources d’approvisionnement et à réduire notre dépendance vis-à-vis du pétrole importé. La production de biocarburants s’accompagne également de la production de co-produits d’origine végétale comme les drèches ou les tourteaux riches en protéines : une autre façon d’alléger le déficit de notre balance commerciale car la France et l’Europe manquent de protéines pour l’alimentation des animaux et en importent chaque année des volumes très importants.
LES QUESTIONS SOULEVEES
Une alternative au pétrole contestée Dans le contexte de changements climatiques et de flambée des prix du baril de pétrole que nous vivons depuis quelques années, les biocarburants sont souvent présentés par leurs défenseurs, comme l’alternative au pétrole et comme la source d’énergie durable la mieux adaptée pour faire fonctionner les véhicules. Mais ils ont aussi des détracteurs qui leur reprochent un bilan environnemental mitigé, un coût excessif, une réduction de la biodiversité et surtout une mobilisation dans des proportions trop importantes des surfaces agricoles jusqu’à présent dédiées aux productions alimentaires. Forêt et biodiversité fragilisées La production de biocarburants à partir de produits agricoles a contribué à accroître les surfaces cultivées dans des pays comme le Brésil ou la Malaisie. Certains montrent du doigt la déforestation, la réduction de la biodiversité, l’accroissement des risques d'érosion du sol, l’utilisation excessive de l’eau… accusant les pays qui ont engagé de telles politiques d’être guidés uniquement par des impératifs économiques. Une forte concurrence avec les productions alimentaires Même si aujourd’hui, les prix des denrées agricoles ont fortement baissé, en 2007, le développement de l'industrie du bioéthanol a été accusé d’être l’un des facteurs responsables de la très forte hausse du cours des matières premières agricoles sur les marchés mondiaux, avec les conséquences dont on se souvient (crises alimentaires, émeutes de la faim …). Le fort développement de la production de bioéthanol au Brésil à partir de canne à sucre n’a pas eu d’incidence particulière sur le cours du sucre. En revanche, le prix de la tortilla, aliment de base en Amérique latine, a flambé au Mexique car les producteurs mexicains de maïs ont préféré exporter leurs productions vers les Etats-Unis à un prix élevé, pour les transformer en bioéthanol. Certains pays dépendants des importations de céréales comme l'Egypte, craignent que de tels épisodes ne se reproduisent et que l’accroissement des surfaces de céréales destinées à la production de biocarburants, mette à nouveau en danger leur approvisionnement alimentaire. Un Ecobilan remis en cause Alors que tout le monde s’accorde sur la nécessité de développer des solutions alternatives au pétrole, le bilan environnemental des biocarburants est régulièrement remis en cause. Certains contestent l’objectivité des études qui évaluent leur bilan énergétique et leur contribution à la réduction de l‘effet de serre. Ils dénoncent également un mode de production agricole « productiviste ».
PERSPECTIVES ET SOLUTIONS
Des surfaces limitées en France Selon une étude publiée en 2007 par l’ONIGC, aujourd’hui France AgriMer, l’objectif français qui vise à incorporer 7 % de bioéthanol dans l’essence en 2010, pour réduire notre dépendance vis-à-vis des importations de produits d’origine pétrolière, nécessitera seulement 2,5 % des surfaces de céréales cultivées en France et 12 % de celles de betteraves. Ce qui représente moins de 300 000 hectares, sur un total de plus de 9 millions d’hectares consacrés en France, à ces cultures. Biocarburants de 1ère génération : une étape indispensable ? Des progrès sont possibles, en commençant par une meilleure maîtrise des facteurs limitants du rendement pour les cultures. Le progrès génétique permet une augmentation de rendement régulière, en blé ou en maïs, comme en colza, en tournesol ou en betteraves sucrières. Les agriculteurs disposent d’outils de pilotage et de suivi de plus en plus performants pour leur permettre de produire en apportant juste ce dont la plante a besoin. L’amélioration des process industriels renforce aussi régulièrement les rendements énergétiques du biocarburant produit, sortie usines. Pour les industriels du secteur, les biocarburants de première génération constituent une étape indispensable avant de mettre au point ceux de deuxième génération. Les biocarburants de deuxième génération L’intérêt des biocarburants de deuxième génération sera d’utiliser la plante entière en valorisant les différents constituants du végétal. Ainsi, à surface cultivée équivalente, la productivité en biocarburants va augmenter et les bilans énergétiques et environnementaux pourront être améliorés. Pour mettre au point cette nouvelle génération, les acteurs se mobilisent dans des programmes de recherche conséquents comme le projet Futurol qui associe onze partenaires avec un budget de 74 millions €.
Chiffres-clés
Bioéthanol
- 1 ha de betterave produit 87 t de betteraves qui permettent la production de 8 700 l de bioéthanol et 4,7 t de pulpes déshydratées destinées à l’alimentation animale. - 1 ha de blé fournit environ 8 t/ha de blé qui produit l’équivalent de 3 000 l de bioéthanol et 2,8 t de drèches riches en protéines, pour l’alimentation animale. - La France est le 1er producteur mondial de bioéthanol de betterave. - La France a produit 9 millions hl de bioéthanol en 2008, soit 720 000 t qui ont été incorporées dans les 10 millions t d’essence.
Chiffres-clés
Biodiesel
- 1 ha de colza produit 3,5 à 3,7 tonnes de graines : soit l’équivalent de 1,5 tonne ou 1 725 l de biodiesel et de 2 tonnes de tourteaux pour l’alimentation des animaux d’élevage. - La France produit 2,3 millions de tonnes de biodiesel qui sont incorporées dans les 33 millions de tonnes de gazole consommées par an. - 2,3 millions t de biodiesel, correspondent à 2,65 milliards de litres.
Chiffres-clés
Cycle de vie des biocarburants
Selon une étude très récente d'analyse du cycle de vie des biocarburants « du champ à la roue », conduite par l’Ademe et BIO Intelligence Service :
- Par rapport à l’essence, la filière bioéthanol permet de réduire de 58 % (pour le blé) à 73 % (pour la betterave), les volumes de gaz à effet de serre rejetés dans l’atmosphère. - Le rendement énergétique (énergie restituée / énergie non renouvelable mobilisée) pour la production d’éthanol de blé et de betterave est en moyenne de 1,7. Cela signifie que le bioéthanol fournit 1,7 fois plus d’énergie qu’il n’en consomme pour sa production (contre 0,8 pour l’essence). - Par rapport au gazole, le biodiesel permet de réduire de 60 % (pour le colza) à 73 % (pour le tournesol), les émissions de gaz à effet de serre. - En 2008, l’incorporation de 5.75 % de biodiesel dans le gazole à la pompe, a permis d’éviter un rejet dans l’atmosphère équivalent à 4.5 millions de tonnes de gaz à effet de serre. - Le biodiesel fournit 2,2 fois plus d’énergie que l’énergie fossile qui a été nécessaire à son élaboration (contre 0,8 pour le gazole).
focus01
Développement des biocarburants et faim dans le monde
- France Nature Environnement estime que le « plein d’un 4x4, c’est 250 kg de céréales, soit la ration d’un homme pendant un an ». - Jean Ziegler, rapporteur spécial sur le droit à l'alimentation de 2000 à 2008, aux Nations Unies soutient que « le développement des biocarburants va aggraver la faim dans le monde ».
Chiffres-clés
Part des biocarburants chez les 2 principaux producteurs de biocarburants dans le monde
- au Brésil en 2008, 54 % des surfaces de canne à sucre étaient destinées à la production de bioéthanol (source CGB) - aux Etats-Unis en 2009, un tiers de la production de maïs sera transformée en bioéthanol (106 millions de tonnes de maïs, sur les 324 millions de tonnes produites - source USDA).
pour aller plus loin
Où sont produits les biocarburants dans le monde ?
Bioéthanol Production en 2005 : 37 millions de tonnes (Mt) - Amérique du Nord (36%) - Amérique du Sud (37%) - Asie (15%) - Europe (10%) - autres (2%). Biodiesel Production en 2005 : 3,2 Mt - Allemagne (46%) - France (14%) - Italie (11%) - Autres pays d'Europe (17%) - Amérique du Nord (7%) - Amérique du Sud (2%) - autres pays (3%). Source : IFP (Institut Français du Pétrole)
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Directive Energies Renouvelables
- Le Conseil et le Parlement Européens ont fixé un objectif d’ici à 2020, d’au moins 20% d’énergies renouvelables dans la consommation énergétique totale de l’Union Européenne, et d'au moins 10%, dans le secteur des transports.
- L’Union Européenne a également défini des critères de durabilité pour les biocarburants : ainsi un niveau de réduction minimal de 35% des émissions de gaz à effet de serre, a été adopté (à partir de 2017, cette réduction devra s'élever à au moins 50%).
pour aller plus loin
Biocarburants & Emplois
- La filière biodiesel évalue à 6, le nombre d’emplois créés ou maintenus pour la production de 1 000 tonnes de biodiesel. Avec 2 millions de tonnes de biodiesel produites en 2010, plus de 12 000 emplois seront donc maintenus ou créés en France, grâce à cette activité.
- La filière bioéthanol estime de son côté à 3 500, le nombre d’emplois nouveaux ou préservés en 2010 par la production de biocarburants, à partir de céréales et de betteraves.
- La Commission Européenne a calculé quant à elle, que l’incorporation de biocarburants à hauteur de 7 % de la consommation de gazole et d’essence, devrait permettre la création de 105 000 emplois en Europe à l’horizon 2020.




