Enjeux - L'agriculture : une menace pour la biodiversité ? Enjeux - L'agriculture : une menace pour la biodiversité ?

LES QUESTIONS SOULEVEES

Développement de l’agriculture et biodiversité

Un peu partout sur la planète, les activités agricoles sont très souvent accusées d’être en grande partie responsables des pertes de diversité biologique.
Plusieurs exemples récents ont été fortement médiatisés :

  • Les déforestations au Brésil pour accroître les surfaces de cannes à sucre et autres productions agricoles aux dépens de la forêt amazonienne, l’un des tous premiers réservoirs de biodiversité sur la planète.  
  • Le développement de la culture des palmiers à huile dans des pays comme la Malaisie, l’Indonésie, sur les Iles de Bornéo ou de Sumatra … s’est faite au prix d’une déforestation massive avec, entre autres conséquences, une perte de biodiversité.

Le rôle des pratiques agricoles et des activités humaines

En France, biodiversité et agriculture sont intimement liées car l'agriculture occupe 60% du territoire national. Depuis des siècles, l’activité agricole a joué un rôle considérable dans la structuration des milieux et la diversité des paysages.
Mais depuis une vingtaine d’années, l’intensification des pratiques agricoles est montrée du doigt. On reproche aux agriculteurs d’avoir simplifié leurs assolements, d’avoir agrandi le parcellaire de leurs exploitations en supprimant des haies, ou encore d’utiliser des engrais et des pesticides qui auraient des effets néfastes sur la biodiversité.

Les activités humaines créent une autre forme de biodiversité. On peut mettre en place des systèmes permettant de maintenir des espèces que la nostalgie des hommes souhaite perpétuer. Mais c’est aussi artificiel et surtout fragile … « Un écosystème ne perdure que dans la mesure où il peut se transformer aussi bien du fait d’interventions externes que sous l’effet de sa propre dynamique », explique Georges Rossi, professeur à l’Université Montaigne de Bordeaux.

En fait les écosystèmes qui évoluent sont beaucoup plus solides. « En voulant mettre sous cloche, la biodiversité, on court en réalité le risque de la détruire », ajoute le chercheur qui cite l’exemple du parc australien de Kakadu et Uluru : « l’expulsion dans ce parc des aborigènes a entraîné une réduction drastique de la biodiversité végétale et animale, jusqu’à ce que les responsables du parc en redonnent en 1980, la gestion aux aborigènes qui y ont repris avec succès, leurs systèmes de feux séquentiels ».

L’équilibre des oiseaux en milieu rural

Au niveau du paysage, la disparition de milieux semi-naturels à l’interface des espaces agricoles, tels que les bois, les prairies, les haies et les bords de champ typiques des paysages bocagers, est aussi montrée du doigt. L’INRA a mis par exemple en évidence le recul au cours des années 1980, des populations d’oiseaux spécialistes de type messicoles dans les espaces agricoles européens.
En réalité, il est important de distinguer les différentes catégories d’oiseaux. Les espèces spécialistes des habitats forestiers sont en recul de 12 %  et celles des milieux bâtis de 21 %, alors que les effectifs des espèces généralistes sont en augmentation  de 20 %. De même, les espèces limicoles (petits échassiers comme les bécasseaux, les courlis, les chevaliers …) sont en hausse. Il est rare que l’agriculture ou la pêche soient en cause dans l’évolution des populations d’oiseaux, ce sont plutôt les modifications d’habitats qui peuvent être incriminées. A la limite, la recrudescence de certaines espèces protégées comme le cormoran ou certains rapaces peut provoquer dans un milieu donné, la diminution des populations d’autres espèces.

La question de la surmortalité des abeilles

Parmi les effets négatifs reprochés à l’utilisation des produits phytosanitaires sur la biodiversité, la surmortalité des abeilles, a fait l’objet de très nombreuses études et de débats passionnés depuis le milieu des années 1980. Il semble aujourd’hui communément admis que ce phénomène constaté un peu partout dans le monde, n’est pas lié à un facteur unique mais à toute une série de facteurs qui interagissent souvent entre eux.

Il peut s’agir des pratiques agricoles, mais aussi du climat, de la flore environnante, de la présence de parasites pathogènes, de différentes sources de pollution … Dans un rapport publié en févier 2009, l'Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa) devenue aujourd’hui Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses) a recensé plus de quarante causes pouvant être associées à la mortalité des abeilles, la première d’entre elle étant le ''Varroa destructor'', un acarien parasite aujourd’hui bien connu  qui injecte des substances toxiques dans l'organisme des abeilles.et qui a lui-même été  importé par les apiculteurs lors de l’introduction sur notre territoire de reines en provenance de pays étrangers.
A noter que l’abeille actuelle de nos ruchers n’est plus l’abeille autochtone qui a progressivement été remplacée par les apiculteurs car elle avait le défaut de piquer trop souvent.

La sélection végétale et le resserrement de la diversité génétique

L’une des trois facettes de la biodiversité est la diversité génétique, celle qui explique les différences entre de nombreux individus d’une même espèce. En sélectionnant des variétés de blé, de colza ou de maïs, pour des critères précis, le rendement, la précocité, la résistance à telle ou telle maladie, et en cultivant un nombre finalement limité de ces variétés à l’échelle d’un même pays, a-t-on contribué à réduire la diversité génétique ?  A priori oui. Yves Barrière, directeur de recherche à l’INRA a par exemple constaté qu’au fil des années, les sélectionneurs de maïs avaient réduit la diversité du matériel génétique sur lequel ils travaillaient. Mais il estime aussi qu’aujourd’hui si les sélectionneurs veulent progresser, ils peuvent s’ouvrir à d’autres ressources génétiques. C’est possible parce qu’un peu partout sur la planète, les états ou des organisations internationales ont collecté et précieusement conservé une multitude de variétés différentes pour une même espèce.

C’est le cas du Cimmyt* au Mexique pour le maïs ou le blé, du Centre de ressources génétiques de Fort Collins aux Etats-Unis qui détient quelques 750 000 échantillons de variétés de près de 7000 espèces végétales différentes, de la nouvelle banque de gènes de Svalbard (Spitzberg) en Norvège … ou encore en France, des collections variétales de l’INRA et du Museum National d’Histoire Naturelle.
En fait les sélectionneurs sont aussi créateurs de biodiversité, ils améliorent la qualité des céréales ou des légumes qu’ils sélectionnent et qui peut beaucoup varier d’une variété à une autre. Les sélectionneurs français ont créé des variétés de blé résistantes à la cécidomyie, un insecte nuisible des cultures. Il y a 10 ans, il n’en existait pas.

*Centro Internacional de Mejoramiento de Maíz y Trigo

Estimer la valeur économique de la biodiversité 

La dimension économique de la biodiversité doit aussi être prise en compte. En France, Bernard Chevassus-au-Louis et Jean-Michel Salles ont travaillé sur le sujet à la demande du gouvernement, et ont résumé leurs travaux dans le récent rapport « Approche économique de la biodiversité et des services liés aux écosystèmes ». 
Les bénéfices de la biodiversité peuvent être multiples. Ils peuvent être liés à la production de ressources alimentaires et à la fourniture d’aménités et de supports récréatifs. Ils peuvent aussi se traduire en termes de capacité d’absorption du gaz carbonique, donc d’intérêt sur l’évolution du climat, ou encore de lutte contre l’érosion ou de maintien d’équilibres au sein d’écosystèmes …. 
Le choix des indicateurs pour mesurer la biodiversité et son évolution est également une question qui pose débat.

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Agriculture et biodiversité - Valoriser les synergies

 

Synthèse d’un rapport d'expertise d’une vingtaine d’experts conduite sous l’égide de l’INRA - Juillet 2008

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Qu’est-ce qu’un réservoir de biodiversité ?

Un réservoir de biodiversité est une zone dans laquelle la biodiversité est très riche et où les conditions vitales au maintien des espèces et au fonctionnement de l’écosystème sont réunies. C’est un milieu où les espèces peuvent y exercer un maximum de leur cycle de vie : alimentation, reproduction, repos. Les milieux tropicaux sont en général de très grands réservoirs de biodiversité.

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Intérêt économique des insectes pour les productions agricoles

La biodiversité joue un rôle déterminant dans l’activité agricole. Les micro-organismes du sol transforment les débris végétaux en molécules qui vont pouvoir être absorbées par les plantes. Les insectes pollinisateurs assurent la reproduction des végétaux.
Bien que certaines plantes sachent se reproduire toutes seules en utilisant le vent ou l'eau, une majorité des espèces végétales sont dépendantes des insectes, pour se reproduire. On connaît bien l’abeille et son rôle pollinisateur, mais rien qu'en Europe occidentale, des milliers d’autres espèces de lépidoptères ou d'hyménoptères sont impliquées dans la pollinisation.
Il s'agit là d'un des principaux « services » de la biodiversité, que certains auteurs cherchent à chiffrer. Aux Etats-Unis par exemple, la contribution à l'agriculture des pollinisateurs hyménoptères est évaluée à 3 milliards de dollars par an. Des insectes auxiliaires  constituent aussi un moyen de lutte biologique contre certains insectes nuisibles.
C’est le cas en France, des trichogrammes qui sont utilisés pour lutter contre les pyrales dans les parcelles de maïs