Enjeux - L'agriculture : une menace pour la biodiversité ? Enjeux - L'agriculture : une menace pour la biodiversité ?

PERSPECTIVES ET SOLUTIONS

Un plan national « agriculture et biodiversité »

La France a adoptée en 2004, une stratégie nationale pour la biodiversité, qui a été réactualisée en 2009, par le Grenelle de l’environnement. Cette stratégie a été déclinée en 10 plans d’actions sectoriels (transports, énergie …) dont un consacré à l’agriculture.

Le plan “agriculture et biodiversité » dont la mise en œuvre a été confiée au ministère de l’alimentation, de l’agriculture et de la pêche vise à améliorer la prise en compte de la biodiversité dans les politiques agricoles et les pratiques de terrain.
L’un des objectifs de ce plan est de maîtriser « l’artificialisation » des espaces agricoles, forestiers et naturels. Le Grenelle de l’environnement s’est fixé pour objectif de diviser par deux, la consommation d’espaces agricoles forestiers et naturels. Il prévoit également d’encourager les pratiques agricoles favorables à la biodiversité, comme les associations culturales, les prairies, la réduction d’utilisation d’intrants (fertilisants et produits phytosanitaires), l’implantation de haies, fossés, bandes enherbées …
Son troisième objectif est de renforcer la diversité des ressources génétiques. La création d’un observatoire de l’évolution de la biodiversité en milieu rural en lien avec les pratiques agricoles est également en cours de déploiement, pour quantifier l’impact des pratiques agricoles sur la biodiversité et accompagner les agriculteurs vers l’adoption de pratiques durables. Un autre objectif de ce plan est de sensibiliser davantage les acteurs de la filière, de l’enseignement, de la recherche et de l’encadrement agricole et de renforcer leurs compétences. En plus de ces cinq axes de travail spécifique à l’agriculture, les exploitations peuvent être concernées par la création de « Trames vertes et bleues » qui ont pour objectif d’établir sur l’ensemble du territoire français “des corridors écologiques”.

Natura 2000, un réseau européen

L’Europe a également créé un réseau de sites présentant un intérêt particulier sur le plan écologique, le réseau « Natura 2000 », visant à préserver sur ces sites, la diversité biologique, et notamment les espèces rares et leurs habitats naturels.
La France compte 1706 sites Natura 2000 dont les surfaces concernées couvrent à 41 % des territoires agricoles (2,78 millions ha).
Mais si des sites particulièrement sensibles ou remarquables sur le plan de préservation de la biodiversité ont été identifiés et classés depuis quelques années Natura 2000, la volonté du gouvernement d’étendre ces zones à un nombre très important de communes autour de chaque site, pose question et suscite l’inquiétude des agriculteurs. Ils craignent une « sanctuarisation » sur de vastes zones de l’agriculture, les empêchant de moderniser leurs bâtiments, d’introduire de nouvelles cultures … de garder la souplesse qu’exige toute activité économique.

Les bonnes pratiques agricoles

Conscients que certaines de leurs pratiques pouvaient avoir des répercussions négatives ou positives sur l’existence de certaines espèces, notamment d’insectes, les agriculteurs ont amélioré leurs façons de travailler. 
Avec l’aide de leurs conseillers et des instituts techniques, ils ont par exemple défini un certain nombre de précautions à prendre lors de l’emploi des produits phytosanitaires. Parmi les actions qu’ils mettent en œuvre, l’implantation de bandes enherbées, de haies ou d’autres peuplements végétaux favorables aux pollinisateurs, le fait de ne traiter avec un insecticide qu’aux heures les plus fraîches de la journée ou d’intervenir que lorsque les abeilles ne sont plus présentes dans les parcelles.

Mesures prévues dans le cadre de la PAC

L’état français a également opté pour de nouvelles mesures depuis début 2009 : chaque agriculteur a désormais l’obligation de mettre en place ou de maintenir sur son exploitation, un minimum d’éléments du paysage, appelés « éléments topographiques » ou « particularités topographiques » destinés  à créer sur l’ensemble du territoire, des réservoirs de biodiversité. Il peut s’agir de jachères enherbées ou apicoles, de haies, de bosquets, de bordures de bois, de mares … Ces éléments doivent couvrir au moins 1% de la surface de l’exploitation en 2010, 3% en 2011 et 5% en 2012. Ces mesures ont été initiées dans le cadre de la Politique Agricole Commune. Les agriculteurs qui ne les respecteront pas seront financièrement pénalisés.

Plantation de haies et de jachères « faune sauvage »

Certains agriculteurs n’ont pas attendu que ce type de mesures soit imposé pour mettre en place  des dispositifs qui favorisent la biodiversité. Certaines régions n’ont pas non plus attendu les décisions du gouvernement pour les encourager.

En Picardie par exemple, grâce aux aides proposées depuis une quinzaine d’années, et financées en partie par l’Union Européenne, les agriculteurs ont mis en place quelques 500 km de bandes enherbées et ont planté plus de 200 km de haies. Très vite ces haies ont été repeuplées d’insectes ''auxiliaires'' comme les carabes ou les syrphes qui contribuent au contrôle ravageurs de cultures comme les pucerons, les cochenilles ou les limaces.
De même, la plantation de bosquets ou de jachères dites « faune sauvage », financée par des fédérations de chasseurs, a permis de voir réapparaître le petit gibier et de fournir aux lièvres et aux perdrix un abri pour l’hiver et surtout de la nourriture.

Localement, des initiatives destinées à redonner vie à l’environnement ont porté leurs fruits. Cela a été le cas de la vallée du Péron dans l’Aisne où les agriculteurs, avec l’aide de leur coopérative Cerena, D’arvalis et de la Chambre d’Agriculture, ont conduit une opération de lutte contre la pollution sur leur exploitation, et ont ainsi permis de repeupler en poissons, la petite rivière du Péron.
Aujourd’hui, les agriculteurs qui pratiquent l’agriculture écologiquement intensive cherchent à utiliser au mieux le fonctionnement des écosystèmes sans altérer leur renouvellement, Ils vont tenter de tirer au maximum parti de la biodiversité utile, en favorisant par exemple le développement des carabes, pour lutter contre les limaces qui détruisent les cultures.

Biodiversité sur l’ensemble du territoire ou « refuges » de biodiversité ?

Est-il plus efficace d’essayer de réinstaller de la biodiversité partout ou de créer des zones de « refuges » de biodiversité ? La question pose débat sans avoir donné lieu à une réponse précise. Il s’agit de deux stratégies bien distinctes. Les Etats-Unis par exemple en créant quelques parcs nationaux sur des superficies très importantes, ont opté pour la création de zones ultra-préservées, d’îlots de biodiversité.

La France a plutôt retenu la première solution, celle de tenter de réintroduire de la biodiversité sur l’ensemble de son territoire : tous les agriculteurs français ont l’obligation de mettre en place sur leur exploitation les nouvelles mesures dites « topographiques » destinées à favoriser la biodiversité. En plus des parcs nationaux et des parcs naturels régionaux, les sites Natura 2000 couvrent des surfaces limitées (quelques communes maximum) mais ils concernent toutes les régions françaises et sont dispersés sur l’ensemble du territoire.

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pour aller plus loin pour aller plus loin

Le dossier biodiversité du Ministère de l’Agriculture et de la Pêche
Lire le dossier

 

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En France, les parcs nationaux et régionaux

Il existe en France neuf parcs nationaux (Mercantour, les Ecrins, Cévennes, la Vanoise, Port-Cros, les Pyrénées, la Guadeloupe, La Réunion et la Guyane.), prochainement dix avec celui des Calanques près de Marseille, et 46 parcs naturels régionaux dont l’un des principaux objectifs est la préservation et la valorisation du patrimoine naturel.