Enjeux - L'agriculture : une menace pour la biodiversité ? Enjeux - L'agriculture : une menace pour la biodiversité ?

L'agriculture : une menace pour la biodiversité ?

De nombreux groupes ou associations en tous genres, affirment avec conviction depuis quelques années que le nombre d’espèces végétales et animales qui peuplent actuellement notre planète, diminue et de façon drastique. Cette thèse a tellement été relayée dans les médias et par les politiques qu’elle est aujourd’hui communément admise par l’opinion publique. Il faut nuancer cette affirmation : nous découvrons tous les jours de nouvelles espèces. Dans les accusations de ces groupes, ce sont les activités humaines, et très souvent l’agriculture, qui sont visées, et qui expliqueraient l’essentielle de la perte, selon eux, de biodiversité ….

Comment évolue réellement la biodiversité à l’échelle de la planète aujourd’hui ? Quelle est la part de responsabilité de ceux qui cultivent la terre ou élèvent les animaux dans cette évolution ? Quelle est celle des autres occupants ou utilisateurs de l’espace rural, et en particulier des touristes, des voyageurs, des propriétaires de résidences secondaires … ? Les mesures mises en place par nos gouvernements depuis le sommet de Rio de 1992, sont-elles suffisantes ? Nous avons essayé au travers de ce dossier, de trier les idées reçues des évolutions réelles du monde du vivant et tenté d’apporter des éléments de réponse objectifs sur l’un des enjeux majeurs de notre planète pour les années à venir.

LE CONCEPT

Qu’entend-on par biodiversité ?

Le terme de « biodiversité » est une contraction de « biologie » et « diversité ». Il traduit la diversité biologique qui règne à la surface de la terre, dans les mers et les océans. Mais au-delà du recensement et de la description des espèces vivantes, la biodiversité concerne également les relations qui existent entre les espèces végétales ou animales et leur milieu. Elle constitue en quelque sorte le tissu vivant et en perpétuelle évolution des habitants de la planète.

Une définition officielle a été établie lors de la Convention de Rio en 1992 : « La biodiversité est la variabilité des organismes vivants de toute origine y compris, entre autres, les écosystèmes terrestres, marins et autres écosystèmes aquatiques et les complexes écologiques dont ils font partie; cela comprend la diversité au sein des espèces et entre espèces mais aussi la diversité des écosystèmes. »

Un concept récent … mais une longue histoire

C’est le biologiste américain Thomas Lovejoy qui a évoqué pour la première fois, le concept de « diversité biologique » en 1980. Le terme « biodiversité » est apparu quelques années plus tard, en 1985, il a été créé par un autre américain Walter G. Rosen, lors de la préparation du « National Forum on Biological Diversity » organisé par le National Research Council. Mais l’intérêt pour la préservation de la nature date de bien avant le 20ème siècle puisqu’elle était par exemple, déjà évoquée dans les écrits des philosophes grecs Aristote et Théophraste …

Le premier véritable outil scientifique consacré à la définition et à la différenciation des espèces est l’ouvrage du suédois Carl von Linné, Systema Naturae dans lequel sont décrites pour la première fois, un très grand nombre d’espèces végétales et animales. C’est à lui que l’on doit la classification des végétaux et le principe du nom latin (avec juxtaposition du genre et de l’espèce) pour désigner une espèce. L’anglais Charles Darwin a quant à lui, publié L’Origine des Espèces en 1859. Au début du 20ème siècle, les explorateurs anglo-saxons notamment, sont très préoccupés par les exterminations d’éléphants, de girafes, rhinocéros … La première Convention internationale sur la protection des oiseaux sauvages pendant leur reproduction et leur migration s’est tenue à Paris en 1950 … depuis, le souci de préserver les espèces n’a fait que monter puissance jusqu’au Sommet de Rio en 1992.

L’étape décisive du Sommet de Rio

C’est lors du premier Sommet de la Terre de Rio de Janeiro en 1992, qu’a été adoptée la Convention sur la biodiversité. Il s’agit de la première convention internationale sur le sujet, elle a été ratifiée par 190 pays, à ce jour. Cet évènement extrêmement médiatisé a fait prendre conscience, de la nécessité de se préoccuper de la préservation du vivant. Nous savons que l’évolution des espèces, avec ou sans l’action de l’homme, est inéluctable et que l’homme exerce une pression de sélection, parmi d’autres.

Près de 1,9 million d’espèces peuplent la terre

La notion de biodiversité ne concerne pas seulement la diversité des espèces, elle englobe aussi celle des gènes et des milieux. La diversité génétique correspond à celle des individus au sein d’une même espèce. La diversité des milieux concerne tous les milieux de vie ; il peut s’agir des océans, des marais, des prairies, des forêts, des mares, des terrains calcaires ou volcaniques … jusqu’au contenu de nos cellules qui peuvent abriter des parasites.

Des bactéries aux baleines, en passant par les peupliers, les abeilles ou les virus, entre 1,8 et 1,9 million d’espèces végétales et animales ont été recensées à ce jour, sur notre planète : 75% sont des invertébrés (insectes, mollusques, crustacés …), 11% des végétaux et près de 7% des animaux vertébrés. Mais de nombreux scientifiques (May, Barnes, Brusca and Brusca Groombridge and Jenkins, Chapman …) estiment que nous en avons encore beaucoup à découvrir et que la terre pourrait abriter selon les sources, entre 10 et 100 millions d’espèces différentes ! Le nombre d’espèces recensées a d’ailleurs tendance à augmenter. L’Australian Biological Ressources Study, qui constitue l’une des synthèses les plus récentes sur l’évaluation du nombre d’espèces identifiées sur notre planète estime qu’il s’est accru de 6,3 % entre 2006 et 2009 (grâce entre autre à la découverte de nouvelles espèces). Malgrès un rythme d'extinction des espèces 100 à 1000 fois supérieur au rythme de disparition normal.

LE CONTEXTE

La perte de biodiversité et l’extinction des espèces 

Depuis l’apparition de la vie, il y a 3,8 milliards d’années, la terre a connu cinq grandes crises d’extinction d’espèces, à chaque fois suivies de phases d’expansion. « La plus grave de ces crises s’est produite il y a 245 millions d’années à la fin de l’ère primaire, elle a vu disparaître la quasi totalité des espèces marines et les deux tiers des familles d’insectes et de vertébrés », expliquent Renan Aufray et Manuelle Rovillé, chercheurs du CNRS. Celle à laquelle on fait le plus souvent référence, qui a marqué le début de l’ère tertiaire il y a 65 millions années, a provoqué la disparition des dinosaures et d’un nombre très important de mammifères.  

De nombreux scientifiques estiment que nous vivons actuellement la sixième période d’extinction qui s’expliquerait cette fois essentiellement par l’action de l’homme sur son environnement.
Selon les deux chercheurs du CNRS, lors des précédentes crises, la dynamique de l’évolution a toujours permis de compenser ces extinctions massives et d’accroître, après plusieurs dizaines de millions d’années, le nombre total de familles sur la terre. Au final, la perte de diversité liée à une vaste extinction conduit dans un premier temps, à une régression de la biodiversité, mais seulement pour 10 à 15 millions d’années... Le temps nécessaire à la planète pour se réorganiser et créer une nouvelle diversité !

L’érosion de biodiversité s’est accélérée

Au cours des 65 derniers millions d’années, le taux d’extinction moyen s’est situé autour d’une espèce par an et par million. Mais aujourd’hui, cette proportion se serait fortement amplifiée. La communauté scientifique estime que le rythme actuel de disparition des espèces est de 100 à 1000 fois supérieur au taux naturel d’extinction, ce qui signifie que la moitié des espèces vivantes que nous connaissons, pourrait disparaître d’ici à un siècle. Cette érosion accélérée de la biodiversité ne serait cette fois pas uniquement naturelle mais aussi liée de façon importante, aux activités humaines.

Le refus des hommes à accepter le changement

Il est vrai que des espèces disparaissent mais on en découvre également de nouvelles tous les jours, et en ce qui concerne les micro-organismes, l’évolution continue aussi rapidement qu’auparavant. La crainte de perdre de la biodiversité correspond davantage à la peur naturelle des hommes à refuser le changement. Les hommes ont même tendance à considérer comme naturel, des états qui n’en sont pas, comme la présence de manioc, de cacaoyers, de cocotiers dans les paysages africains par exemple ou comme la forêt des Landes en France. 

Les causes de la disparition de certaines espèces

Les scientifiques ont identifié plusieurs explications majeures à l’érosion actuelle de la biodiversité :

  • la destruction des milieux naturels par la montée en puissance de l’urbanisation et le développement de grandes surfaces agricoles
  • la surexploitation des espèces sauvages par la pêche, le braconnage, la déforestation …
  • les pollutions d’origine industrielle, urbaine, agricole…
  • le changement climatique qui pour certains scientifiques pourrait provoquer à lui seul d’ici à 2050, la disparition de 15% à 37% des espèces présentes actuellement sur la planète.

Le rapport d’un groupe de scientifiques internationaux réunis à l’occasion du Millenium Ecosystem Assessment (2005) estime que 12% des oiseaux, 25% des mammifères et 32% des amphibiens pourraient s’éteindre d’ici à 2100. Selon d’autres sources, les deux tiers des espèces qui peuplent aujourd’hui la surface de la terre, pourraient disparaître d’ici à 100 ans, à cause de la destruction de leurs habitats.

La biodiversité et le rôle de l’homme

La biodiversité est un concept « humain ». Si on laisse faire la nature, une espèce ou un groupe d’espèces peuvent prendre le dessus sur les autres dans un milieu donné et la biodiversité n’en sera pas enrichie.
Pour le géographe Jean-Robert Pitte, l’un des auteurs du récent livre « Le ciel ne va pas nous tomber sur la tête », il n'existe plus aujourd’hui de nature sans homme. Pire, la nature seule peut-être dangereuse lorsqu'elle est sanctuarisée.  « Il est un écueil qui menace tous ceux qui considéreraient le développement durable de façon trop restrictive : finir par ne plus se préoccuper que de la Planète (avec un grand P), de la Nature (avec un grand N) et oublier les hommes qui les habitent, façonnent les paysages et aménagent l’espace… On ne peut pas sanctifier la planète comme si elle existait indépendamment de ceux qui l’habitent et la transforment ».

Pour les auteurs de cet ouvrage, le discours courant est celui du catastrophisme (réchauffement climatique, cataclysmes météorologiques, réduction de la biodiversité ...), c’est-à-dire de la peur … La réalité est souvent tout autre. La forêt recule en certains endroits mais elle conquiert ailleurs de nouveaux espaces. Le réchauffement climatique ne signifie pas partout désertification … Jean-Louis Martres, professeur de science politique à l’Université Montesquieu - Bordeaux IV estime de son côté que la biodiversité croît en même temps que l’augmentation de la population et que l’homme crée tous les jours de la biodiversité : « Le nombre considérable de variétés de tomates qui existent aujourd’hui, provient d’une seule souche américaine donnant des fruits minuscules et acides » indique-t-il.

Montée en puissance des espèces invasives

La biodiversité est aussi menacée par l’introduction volontaire ou involontaire par l’homme d’espèces exotiques, qui, dans un environnement nouveau pour elles, peuvent devenir invasives. C’est le cas du ragondin, de l’ambroisie, de l’écrevisse de Louisiane …
L’INRA qui a répertorié récemment la liste des espèces animales et végétales de ce type en Europe, estime qu’elles constituent l’une des principales causes de diminution de la biodiversité et qu’elles ont en plus un impact sur l’activité économique. Mais ces « invasions » sont en général suivies de l’importation du cortège de parasites et ravageurs de cette espèce invasive, ou encore de l’adaptation des parasites et des prédateurs du milieu à ce nouvel intrus… permettant ainsi après un certain laps de temps, l’apparition d’une nouvelle diversité.

LES QUESTIONS SOULEVEES

Développement de l’agriculture et biodiversité

Un peu partout sur la planète, les activités agricoles sont très souvent accusées d’être en grande partie responsables des pertes de diversité biologique.
Plusieurs exemples récents ont été fortement médiatisés :

  • Les déforestations au Brésil pour accroître les surfaces de cannes à sucre et autres productions agricoles aux dépens de la forêt amazonienne, l’un des tous premiers réservoirs de biodiversité sur la planète.  
  • Le développement de la culture des palmiers à huile dans des pays comme la Malaisie, l’Indonésie, sur les Iles de Bornéo ou de Sumatra … s’est faite au prix d’une déforestation massive avec, entre autres conséquences, une perte de biodiversité.

Le rôle des pratiques agricoles et des activités humaines

En France, biodiversité et agriculture sont intimement liées car l'agriculture occupe 60% du territoire national. Depuis des siècles, l’activité agricole a joué un rôle considérable dans la structuration des milieux et la diversité des paysages.
Mais depuis une vingtaine d’années, l’intensification des pratiques agricoles est montrée du doigt. On reproche aux agriculteurs d’avoir simplifié leurs assolements, d’avoir agrandi le parcellaire de leurs exploitations en supprimant des haies, ou encore d’utiliser des engrais et des pesticides qui auraient des effets néfastes sur la biodiversité.

Les activités humaines créent une autre forme de biodiversité. On peut mettre en place des systèmes permettant de maintenir des espèces que la nostalgie des hommes souhaite perpétuer. Mais c’est aussi artificiel et surtout fragile … « Un écosystème ne perdure que dans la mesure où il peut se transformer aussi bien du fait d’interventions externes que sous l’effet de sa propre dynamique », explique Georges Rossi, professeur à l’Université Montaigne de Bordeaux.

En fait les écosystèmes qui évoluent sont beaucoup plus solides. « En voulant mettre sous cloche, la biodiversité, on court en réalité le risque de la détruire », ajoute le chercheur qui cite l’exemple du parc australien de Kakadu et Uluru : « l’expulsion dans ce parc des aborigènes a entraîné une réduction drastique de la biodiversité végétale et animale, jusqu’à ce que les responsables du parc en redonnent en 1980, la gestion aux aborigènes qui y ont repris avec succès, leurs systèmes de feux séquentiels ».

L’équilibre des oiseaux en milieu rural

Au niveau du paysage, la disparition de milieux semi-naturels à l’interface des espaces agricoles, tels que les bois, les prairies, les haies et les bords de champ typiques des paysages bocagers, est aussi montrée du doigt. L’INRA a mis par exemple en évidence le recul au cours des années 1980, des populations d’oiseaux spécialistes de type messicoles dans les espaces agricoles européens.
En réalité, il est important de distinguer les différentes catégories d’oiseaux. Les espèces spécialistes des habitats forestiers sont en recul de 12 %  et celles des milieux bâtis de 21 %, alors que les effectifs des espèces généralistes sont en augmentation  de 20 %. De même, les espèces limicoles (petits échassiers comme les bécasseaux, les courlis, les chevaliers …) sont en hausse. Il est rare que l’agriculture ou la pêche soient en cause dans l’évolution des populations d’oiseaux, ce sont plutôt les modifications d’habitats qui peuvent être incriminées. A la limite, la recrudescence de certaines espèces protégées comme le cormoran ou certains rapaces peut provoquer dans un milieu donné, la diminution des populations d’autres espèces.

La question de la surmortalité des abeilles

Parmi les effets négatifs reprochés à l’utilisation des produits phytosanitaires sur la biodiversité, la surmortalité des abeilles, a fait l’objet de très nombreuses études et de débats passionnés depuis le milieu des années 1980. Il semble aujourd’hui communément admis que ce phénomène constaté un peu partout dans le monde, n’est pas lié à un facteur unique mais à toute une série de facteurs qui interagissent souvent entre eux.

Il peut s’agir des pratiques agricoles, mais aussi du climat, de la flore environnante, de la présence de parasites pathogènes, de différentes sources de pollution … Dans un rapport publié en févier 2009, l'Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa) devenue aujourd’hui Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses) a recensé plus de quarante causes pouvant être associées à la mortalité des abeilles, la première d’entre elle étant le ''Varroa destructor'', un acarien parasite aujourd’hui bien connu  qui injecte des substances toxiques dans l'organisme des abeilles.et qui a lui-même été  importé par les apiculteurs lors de l’introduction sur notre territoire de reines en provenance de pays étrangers.
A noter que l’abeille actuelle de nos ruchers n’est plus l’abeille autochtone qui a progressivement été remplacée par les apiculteurs car elle avait le défaut de piquer trop souvent.

La sélection végétale et le resserrement de la diversité génétique

L’une des trois facettes de la biodiversité est la diversité génétique, celle qui explique les différences entre de nombreux individus d’une même espèce. En sélectionnant des variétés de blé, de colza ou de maïs, pour des critères précis, le rendement, la précocité, la résistance à telle ou telle maladie, et en cultivant un nombre finalement limité de ces variétés à l’échelle d’un même pays, a-t-on contribué à réduire la diversité génétique ?  A priori oui. Yves Barrière, directeur de recherche à l’INRA a par exemple constaté qu’au fil des années, les sélectionneurs de maïs avaient réduit la diversité du matériel génétique sur lequel ils travaillaient. Mais il estime aussi qu’aujourd’hui si les sélectionneurs veulent progresser, ils peuvent s’ouvrir à d’autres ressources génétiques. C’est possible parce qu’un peu partout sur la planète, les états ou des organisations internationales ont collecté et précieusement conservé une multitude de variétés différentes pour une même espèce.

C’est le cas du Cimmyt* au Mexique pour le maïs ou le blé, du Centre de ressources génétiques de Fort Collins aux Etats-Unis qui détient quelques 750 000 échantillons de variétés de près de 7000 espèces végétales différentes, de la nouvelle banque de gènes de Svalbard (Spitzberg) en Norvège … ou encore en France, des collections variétales de l’INRA et du Museum National d’Histoire Naturelle.
En fait les sélectionneurs sont aussi créateurs de biodiversité, ils améliorent la qualité des céréales ou des légumes qu’ils sélectionnent et qui peut beaucoup varier d’une variété à une autre. Les sélectionneurs français ont créé des variétés de blé résistantes à la cécidomyie, un insecte nuisible des cultures. Il y a 10 ans, il n’en existait pas.

*Centro Internacional de Mejoramiento de Maíz y Trigo

Estimer la valeur économique de la biodiversité 

La dimension économique de la biodiversité doit aussi être prise en compte. En France, Bernard Chevassus-au-Louis et Jean-Michel Salles ont travaillé sur le sujet à la demande du gouvernement, et ont résumé leurs travaux dans le récent rapport « Approche économique de la biodiversité et des services liés aux écosystèmes ». 
Les bénéfices de la biodiversité peuvent être multiples. Ils peuvent être liés à la production de ressources alimentaires et à la fourniture d’aménités et de supports récréatifs. Ils peuvent aussi se traduire en termes de capacité d’absorption du gaz carbonique, donc d’intérêt sur l’évolution du climat, ou encore de lutte contre l’érosion ou de maintien d’équilibres au sein d’écosystèmes …. 
Le choix des indicateurs pour mesurer la biodiversité et son évolution est également une question qui pose débat.

PERSPECTIVES ET SOLUTIONS

Un plan national « agriculture et biodiversité »

La France a adoptée en 2004, une stratégie nationale pour la biodiversité, qui a été réactualisée en 2009, par le Grenelle de l’environnement. Cette stratégie a été déclinée en 10 plans d’actions sectoriels (transports, énergie …) dont un consacré à l’agriculture.

Le plan “agriculture et biodiversité » dont la mise en œuvre a été confiée au ministère de l’alimentation, de l’agriculture et de la pêche vise à améliorer la prise en compte de la biodiversité dans les politiques agricoles et les pratiques de terrain.
L’un des objectifs de ce plan est de maîtriser « l’artificialisation » des espaces agricoles, forestiers et naturels. Le Grenelle de l’environnement s’est fixé pour objectif de diviser par deux, la consommation d’espaces agricoles forestiers et naturels. Il prévoit également d’encourager les pratiques agricoles favorables à la biodiversité, comme les associations culturales, les prairies, la réduction d’utilisation d’intrants (fertilisants et produits phytosanitaires), l’implantation de haies, fossés, bandes enherbées …
Son troisième objectif est de renforcer la diversité des ressources génétiques. La création d’un observatoire de l’évolution de la biodiversité en milieu rural en lien avec les pratiques agricoles est également en cours de déploiement, pour quantifier l’impact des pratiques agricoles sur la biodiversité et accompagner les agriculteurs vers l’adoption de pratiques durables. Un autre objectif de ce plan est de sensibiliser davantage les acteurs de la filière, de l’enseignement, de la recherche et de l’encadrement agricole et de renforcer leurs compétences. En plus de ces cinq axes de travail spécifique à l’agriculture, les exploitations peuvent être concernées par la création de « Trames vertes et bleues » qui ont pour objectif d’établir sur l’ensemble du territoire français “des corridors écologiques”.

Natura 2000, un réseau européen

L’Europe a également créé un réseau de sites présentant un intérêt particulier sur le plan écologique, le réseau « Natura 2000 », visant à préserver sur ces sites, la diversité biologique, et notamment les espèces rares et leurs habitats naturels. (et compte 27 000 sites)
La France compte 1753 sites Natura 2000 (avec 4 500 espèces recensées) dont les surfaces concernées couvrent à 41 % des territoires agricoles (2,78 millions ha).
Mais si des sites particulièrement sensibles ou remarquables sur le plan de préservation de la biodiversité ont été identifiés et classés depuis quelques années Natura 2000, la volonté du gouvernement d’étendre ces zones à un nombre très important de communes autour de chaque site, pose question et suscite l’inquiétude des agriculteurs. Ils craignent une « sanctuarisation » sur de vastes zones de l’agriculture, les empêchant de moderniser leurs bâtiments, d’introduire de nouvelles cultures … de garder la souplesse qu’exige toute activité économique.

Les bonnes pratiques agricoles

Conscients que certaines de leurs pratiques pouvaient avoir des répercussions négatives ou positives sur l’existence de certaines espèces, notamment d’insectes, les agriculteurs ont amélioré leurs façons de travailler. 
Avec l’aide de leurs conseillers et des instituts techniques, ils ont par exemple défini un certain nombre de précautions à prendre lors de l’emploi des produits phytosanitaires. Parmi les actions qu’ils mettent en œuvre, l’implantation de bandes enherbées, de haies ou d’autres peuplements végétaux favorables aux pollinisateurs, le fait de ne traiter avec un insecticide qu’aux heures les plus fraîches de la journée ou d’intervenir que lorsque les abeilles ne sont plus présentes dans les parcelles.

Mesures prévues dans le cadre de la PAC

L’état français a également opté pour de nouvelles mesures depuis début 2009 : chaque agriculteur a désormais l’obligation de mettre en place ou de maintenir sur son exploitation, un minimum d’éléments du paysage, appelés « éléments topographiques » ou « particularités topographiques » destinés  à créer sur l’ensemble du territoire, des réservoirs de biodiversité. Il peut s’agir de jachères enherbées ou apicoles, de haies, de bosquets, de bordures de bois, de mares … Ces éléments doivent couvrir au moins 1% de la surface de l’exploitation en 2010, 3% en 2011 et 5% en 2012. Ces mesures ont été initiées dans le cadre de la Politique Agricole Commune. Les agriculteurs qui ne les respecteront pas seront financièrement pénalisés.

Plantation de haies et de jachères « faune sauvage »

Certains agriculteurs n’ont pas attendu que ce type de mesures soit imposé pour mettre en place  des dispositifs qui favorisent la biodiversité. Certaines régions n’ont pas non plus attendu les décisions du gouvernement pour les encourager.

En Picardie par exemple, grâce aux aides proposées depuis une quinzaine d’années, et financées en partie par l’Union Européenne, les agriculteurs ont mis en place quelques 500 km de bandes enherbées et ont planté plus de 200 km de haies. Très vite ces haies ont été repeuplées d’insectes ''auxiliaires'' comme les carabes ou les syrphes qui contribuent au contrôle ravageurs de cultures comme les pucerons, les cochenilles ou les limaces.
De même, la plantation de bosquets ou de jachères dites « faune sauvage », financée par des fédérations de chasseurs, a permis de voir réapparaître le petit gibier et de fournir aux lièvres et aux perdrix un abri pour l’hiver et surtout de la nourriture.

Localement, des initiatives destinées à redonner vie à l’environnement ont porté leurs fruits. Cela a été le cas de la vallée du Péron dans l’Aisne où les agriculteurs, avec l’aide de leur coopérative Cerena, D’arvalis et de la Chambre d’Agriculture, ont conduit une opération de lutte contre la pollution sur leur exploitation, et ont ainsi permis de repeupler en poissons, la petite rivière du Péron.
Aujourd’hui, les agriculteurs qui pratiquent l’agriculture écologiquement intensive cherchent à utiliser au mieux le fonctionnement des écosystèmes sans altérer leur renouvellement, Ils vont tenter de tirer au maximum parti de la biodiversité utile, en favorisant par exemple le développement des carabes, pour lutter contre les limaces qui détruisent les cultures.

Biodiversité sur l’ensemble du territoire ou « refuges » de biodiversité ?

Est-il plus efficace d’essayer de réinstaller de la biodiversité partout ou de créer des zones de « refuges » de biodiversité ? La question pose débat sans avoir donné lieu à une réponse précise. Il s’agit de deux stratégies bien distinctes. Les Etats-Unis par exemple en créant quelques parcs nationaux sur des superficies très importantes, ont opté pour la création de zones ultra-préservées, d’îlots de biodiversité.

La France a plutôt retenu la première solution, celle de tenter de réintroduire de la biodiversité sur l’ensemble de son territoire : tous les agriculteurs français ont l’obligation de mettre en place sur leur exploitation les nouvelles mesures dites « topographiques » destinées à favoriser la biodiversité. En plus des parcs nationaux et des parcs naturels régionaux, les sites Natura 2000 couvrent des surfaces limitées (quelques communes maximum) mais ils concernent toutes les régions françaises et sont dispersés sur l’ensemble du territoire.

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Les autres dossiers :

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2010, l’année internationale de la Biodiversité

L’ONU a proclamé 2010, Année internationale de la biodiversité. L’Organisation des Nations Unies souhaitait ainsi sensibiliser l’opinion publique sur l’évolution de la biodiversité dans le monde. De très nombreuses réunions et manifestations se sont échelonnées tout au long de cette année, parmi lesquelles, la dixième Conférence des Parties (COP10) de la Convention sur la diversité biologique qui s’est tenue du 18 au 29 octobre 2010, à Nagoya au Japon.

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Convention sur la biodiversité
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Qu’est-ce qu’une espèce menacée ?

Une espèce est considérée comme menacée si elle répond à des critères précis de disparition de l'habitat, déclin important de sa population, érosion génétique, chasse ou pêche trop intensive ...
Ces critères définis par l'UICN, Union internationale pour conservation de la nature, hiérarchisent le risque d'extinction de l'espèce en lui attribuant un statut de « conservation » ou parfois de « protection » c’est-à-dire d’espèce protégée.
L'UICN classe dans sa Liste rouge, les espèces menacées en trois catégories, selon l'importance du risque de leur extinction : Vulnérable, En danger, En danger critique d'extinction.

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Espèces recensées en 2009 sur la planète
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Erosion de biodiversité et crises d’extinction des espèces

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Inventaire des espèces invasives en Europe
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« Le ciel ne va pas nous tomber sur la tête »

« Le ciel ne va pas nous tomber sur la tête » est le titre du livre qui regroupe les communications de quinze géographes français. Il a été publié en 2010, aux éditions JC Lattès, sous la direction de Jean-Robert Pitte, président de la Société de Géographie et de Sylvie Brunel.

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En Europe, une situation préoccupante

Une évaluation de l'état de préservation des habitats et des espèces les plus menacés d'Europe a été réalisée en mai 2010, par les différents états-membres. Elle avait pour objectif d’évaluer l'application de la directive "Habitats, faune, flore" sur la période 2001-2006.
Ce rapport note un recul des amphibiens, de plusieurs poissons et de certains invertébrés (crustacés et mollusques en particulier). Chez les insectes, la situation est jugée préoccupante pour plusieurs groupes de papillons et de libellules. Les mammifères sont en revanche plutôt épargnés.
D’autres études montrent que les surfaces consacrées à la forêt sont en constante progression sur le territoire européen. Rien qu’en France, depuis la fin du XIXème siècle, les superficies consacrées à la forêt ont plus que doublé.

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La France et la biodiversité

Par la grande diversité de ses paysages et de ses milieux, la France abrite une biodiversité extrêmement riche. Son domaine maritime est le 2ème au monde avec 11 millions de km2.
Ce patrimoine est cependant fragile puisque la France est classée selon l’UICN (l'Union Internationale pour la Conservation de la Nature) au 8éme rang mondial pour les espèces menacées. Depuis 2007, le Comité français de l’UICN et le Muséum national d’Histoire naturelle se sont associés pour établir la Liste rouge des espèces menacées sur le territoire. Ce travail en cours montre par exemple que 7 espèces de reptiles sur 37 et 7 espèces d’amphibiens sur 34 sont actuellement menacées. A l’inverse, d’autres espèces sont plutôt en progression, c’est notamment le cas des cervidés et des sangliers.

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Agriculture et biodiversité - Valoriser les synergies

 

Synthèse d’un rapport d'expertise d’une vingtaine d’experts conduite sous l’égide de l’INRA - Juillet 2008

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Qu’est-ce qu’un réservoir de biodiversité ?

Un réservoir de biodiversité est une zone dans laquelle la biodiversité est très riche et où les conditions vitales au maintien des espèces et au fonctionnement de l’écosystème sont réunies. C’est un milieu où les espèces peuvent y exercer un maximum de leur cycle de vie : alimentation, reproduction, repos. Les milieux tropicaux sont en général de très grands réservoirs de biodiversité.

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Intérêt économique des insectes pour les productions agricoles

La biodiversité joue un rôle déterminant dans l’activité agricole. Les micro-organismes du sol transforment les débris végétaux en molécules qui vont pouvoir être absorbées par les plantes. Les insectes pollinisateurs assurent la reproduction des végétaux.
Bien que certaines plantes sachent se reproduire toutes seules en utilisant le vent ou l'eau, une majorité des espèces végétales sont dépendantes des insectes, pour se reproduire. On connaît bien l’abeille et son rôle pollinisateur, mais rien qu'en Europe occidentale, des milliers d’autres espèces de lépidoptères ou d'hyménoptères sont impliquées dans la pollinisation.
Il s'agit là d'un des principaux « services » de la biodiversité, que certains auteurs cherchent à chiffrer. Aux Etats-Unis par exemple, la contribution à l'agriculture des pollinisateurs hyménoptères est évaluée à 3 milliards de dollars par an. Des insectes auxiliaires  constituent aussi un moyen de lutte biologique contre certains insectes nuisibles.
C’est le cas en France, des trichogrammes qui sont utilisés pour lutter contre les pyrales dans les parcelles de maïs

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Le dossier biodiversité du Ministère de l’Agriculture et de la Pêche
Lire le dossier

 

Site du Museum National d’Histoire Naturelle
Site officiel

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En France, les parcs nationaux et régionaux

Il existe en France dix parcs nationaux dont 3 en Outre-Mer (Mercantour, les Ecrins, Cévennes, la Vanoise, Port-Cros, les Pyrénées, la Guadeloupe, La Réunion, la Guyane et le Parc nationnal des Calanques) et 46 parcs naturels régionaux (soit 15 % du territoire) dont l’un des principaux objectifs est la préservation et la valorisation du patrimoine naturel.