Enjeux - Agriculture et gestion de l’eau, sont-elles incompatibles ? Enjeux - Agriculture et gestion de l’eau, sont-elles incompatibles ?

PERSPECTIVES ET SOLUTIONS

Une meilleure gestion de l’irrigation

Les volumes d’eau utilisés par l’agriculture et en particulier par l’irrigation sont à relativiser. Les surfaces concernées ne représentent que 6 % des surfaces cultivées en France et les quantités d’eau sont très modestes au regard des volumes d’eau qui retournent à l’océan ou dans le milieu naturel. Par rapport à la plupart des autres pays qui font appel à l’irrigation, en France, les cultures irriguées sont peu gourmandes en eau (voir encadré). Cela étant dit, ce n’est pas parce que nous disposons de ressources confortables que nous pouvons nous permettre des gaspillages. Les agriculteurs irrigants en sont conscients et ont engagé depuis une quinzaine d’années des mesures pour adapter au mieux les quantités d’eau apportées aux cultures, en fonction de leur besoin (outil de pilotage de l’irrigation, amélioration des matériels d’aspersion …). De même, les sélectionneurs ont mis en place des programmes de recherche pour mettre au point des variétés qui résistent mieux à la sécheresse. Aujourd’hui, 98 % des agriculteurs irrigants sont équipés de compteurs volumétriques. Ils peuvent ainsi se conformer rigoureusement aux programmes de limitation des prélèvements. Des maïsiculteurs se sont réunis pour rédiger et diffuser une « Charte de l’Irrigant », dans laquelle ils prennent volontairement des engagements précis et contraignants visant à économiser l’eau.

En parallèle à ces efforts de maîtrise des volumes disponibles, l’idéal serait de stocker l’eau qui tombe en abondance pendant l’hiver pour mieux la répartir pendant l’été. Nombre d’agriculteurs aimeraient pour cela disposer de l’appui des collectivités pour financer des retenues d’eau et des bassins de stockage de proximité.

Amélioration de la qualité de l’eau, des efforts déjà engagés

Les agriculteurs ont également engagé des efforts importants depuis une vingtaine d’années,  pour limiter les risques de pollution des eaux par les engrais et les produits phytosanitaires : outil de pilotage des apports d’azote (dose et fractionnement) aux stricts besoins des plantes (Ramses, Epicles, Jubil, Farmstar, GPN …), mise aux normes des bâtiments d’élevage (plans PMPOA), baisse de l’utilisation des produits phytosanitaires (avertissements agricoles, outils de diagnostic de la présence de maladies ou d’insectes, plan Ecophyto 2018…), interdiction de certaines substances actives, mises en place de bandes enherbées le long des cours d’eau pour éviter la pulvérisation de produits phytosanitaires dans l’eau et surtout contenir les flux de ruissellement, implantation de couverts végétaux pendant l’hiver pour éviter que les nitrates ne soient lessivés dans le sous-sol, sécurisation du stockage des engrais ou des produits phytosanitaires sur les exploitations … Aujourd’hui en France, les outils d’aide à la décision pour une bonne gestion des nitrates sont utilisés sur quelques 2 millions ha par les coopératives adhérentes du réseau InVivo Agro

Résultat, la qualité de l’eau s’est nettement améliorée en particulier pour les eaux de surfaces. Les améliorations ne sont pas encore sensibles pour les eaux souterraines à temps de renouvellement long, mais certaines nappes superficielles montrent déjà une tendance à la baisse des concentrations en nitrates. Ces mesures mettent du temps à porter leurs effets sur la qualité de l’eau souterraine. Les nitrates ou les substances actives qui sont décelées aujourd’hui dans les nappes phréatiques ont été apportées il y a parfois plus de vingt ans. L’une des substances actives que l’on retrouve encore le plus aujourd’hui, l’atrazine (et surtout son métabolite, la deséthylatrazine) est ainsi interdite en France, depuis 2003.
Zones vulnérables et mesures agri-environnementales (MAE)

Pour renforcer les efforts des agriculteurs et les décisions réglementaires, des mesures spécifiques ont été prises en France, dans les zones définies comme vulnérables (quantité maximum de fumiers ou de lisiers d’élevage, couverts végétaux pendant l’hiver …). 

De même, des mesures agri-environnementales (MAE) destinées en priorité aux bassins d’alimentation de captage d’eau potable, ont été initiées : ces MAE imposent aux agriculteurs qui y souscrivent, un cahier des charges assez strict en terme de conduites culturales et surtout de diminution des engrais ou des produits de protection utilisés (limitation d’intrants). Même si ces mesures s’accompagnent d’une aide financière de l’Union Européenne, elles ont du mal à couvrir complètement le préjudice économique subi d’autant que les droits à produire des exploitants agricoles peuvent être remis en cause lors de la signature de certaines MAE à limitation d’intrants. D’autres moyens pour obtenir les résultats escomptés, qui pourraient être plus incitatifs pour les agriculteurs, sont sans doute à imaginer.

Vers une rémunération du service environnemental 

Jusqu’à présent en France, l’approche retenue pour le calcul des aides aux agriculteurs est celle de la compensation de coûts et non de la rémunération d’un service. Au moment où la dimension environnementale est appelée à prendre une place de plus en plus importante dans la production agricole, certains réfléchissent à de nouveaux outils qui permettraient de rémunérer les services environnementaux fournis par les agriculteurs. Ceux-ci adhèreraient plus facilement s’ils étaient rémunérés pour le service qu’ils rendent à la société plutôt que de recevoir des subventions pour compenser des pertes éventuelles.  Dans le domaine de l’eau, il peut s’agir de préservation de l’eau en qualité et en quantité, de la lutte contre l’érosion des sols, de la protection contre les inondations … Des expériences ont ainsi déjà été conduites en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis. Dans les années 1980, plutôt que de créer une nouvelle usine de traitement des eaux, la ville de New York a préféré passer des contrats de longue durée avec les agriculteurs et les propriétaires forestiers présents sur les bassins versants en amont de ses sources d’approvisionnement. Le résultat a été très positif, la ville a travaillé à partir de plusieurs dispositifs qui finalement lui sont revenus moins chers en termes d’investissement que le coût de construction d’une usine. Le bureau de la prospective du ministère de l’agriculture français vient de consacrer une étude à ce type d’initiatives (sources : http://agriculture.gouv.fr/IMG/pdf/doctravail_2_services_environ.pdf).

En Allemagne, pour éviter les risques de pollution par les nitrates dans son eau, la région du BadeWurtemberg a opté depuis 1988 pour un système de contrôle des exploitations agricoles avec incitations financières ou pénalités. Dans les périmètres de captage de l’eau, les agriculteurs doivent s’engager à respecter un cahier des charges pour leurs pratiques agricoles. Une mesure des reliquats azotés dans les sols est réalisée sur un tiers des surfaces cultivées chaque année. Si la teneur en azote du sol est inférieure à 45 kg/ha, l’exploitant reçoit une aide financière. Si cette teneur se situe entre 45 et 90 kg/ha, l’agriculteur ne touche rien. Au-delà, il est sanctionné financièrement. Ce dispositif financé par les consommateurs d’eau, a donné des résultats positifs puisque les teneurs en azote des sols ont diminué. La région réalise jusqu’à 100 000 analyses des sols par an.
(source : http://www.inra.fr/internet/Departements/ESR/publications/cahiers/pdf/spaeter.pdf?PHPSESSID=49a30f8f1a8eba59a68f1037d99fe92d)

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L’eau des villes et l’eau des champs

A noter que les sols cultivés absorbent l’eau et leurs sous-sols la stockent et la filtrent. Ce n’est pas le cas des surfaces bétonnées et macadamisées toujours plus importantes des villes. Les eaux de pluies en milieu urbain, drainent toutes sortes de substances indésirables, ce qui oblige de les traiter en station d’épuration. Mais les stations d’épuration ne traitent pas toutes les substances susceptibles de se retrouver dans les eaux pluviales, les médicaments, produits phytosanitaires utilisés dans les jardins, bordures de routes …

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La double origine de l’AMPA, produit de dégradation du glyphosate

L’une des principales substances actives retrouvées dans les eaux est le glyphosate, un herbicide très utilisé pour le désherbage des parcelles agricoles, des espaces verts, des jardins, des routes et des voies ferrées. Son principal produit de dégradation, l’AMPA, Acide amino méthyl phosphonique, a été inclus aux côtés du glyphosate, dans les suivis officiels des eaux. Or l’AMPA peut également être produit par la dégradation d’autres substances et en particulier par des détergents. La présence de cette molécule dans l’eau est à ce jour systématiquement attribuée à celle de l’herbicide.   

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Une bonne gestion des lisiers

En élevage, il existe aussi des solutions pour réduire les risques de pollutions engendrés par les lisiers (nitrates ou phosphores). Le procédé Cycliz de gestion des lisiers de porcs, qui vient d’être breveté par le Centre de recherches zootechniques du groupe InVivo, permet par un système « de type chasse d’eau », de traiter les lisiers et de récupérer sous forme d’engrais minéral l’azote et le phosphore des déjections. Ce procédé permet en même temps d’améliorer les performances zootechniques de l’élevage et de réduire considérablement les odeurs dans les bâtiments d’élevage, accroissant ainsi le confort de travail pour les éleveurs.