Enjeux - Agriculture et gestion de l’eau, sont-elles incompatibles ?
Agriculture et gestion de l’eau, sont-elles incompatibles ?
Irrigation, prélèvement sur les réserves naturelles, mauvaise qualité de l’eau des rivières ou des nappes phréatiques, développement des algues vertes... Les activités agricoles sont souvent considérées comme sur-consommatrices d’eau et sources de pollution.
Toute activité agricole a besoin d’eau, agriculture et gestion de l’eau ont toujours été intimement liées. L’agriculture est même la seule activité exercée aujourd’hui sur notre territoire, à qui l’on demande de rétrocéder une eau potable.
L’agriculture française consomme-t-elle trop d’eau ? Est-elle à l’origine de pollutions par les engrais ou les produits phytosanitaires ? La situation est-elle en train de s’améliorer ou de se détériorer ?… Autant de questions auxquelles nous allons tenter d’apporter ici un éclairage.
LE CONCEPT
Le cycle de l’eau Si l'eau est présente en très grande quantité sur la terre, 97 % de la ressource est constituée d’eau salée et 2 % est fixé sous forme de glace. L’eau douce « liquide » ne représente qu’environ 1 % du total de l’eau du globe. A l’échelle de la planète, l’eau passe au cours de son cycle, par des phases liquide, solide ou gazeuse : les océans, lacs, cours d'eau, nappes souterraines, glaciers, l'atmosphère... C’est l'énergie solaire, en provoquant l'évaporation de l'eau, qui constitue le moteur de ce cycle, et qui à partir de l’évaporation, entraîne tous les autres échanges. Ce cycle peut être très long, jusqu’à plusieurs dizaines de milliers d’années, si l’eau est stockée dans des nappes souterraines ou sous forme de glaciers. Les eaux douces exploitées par l’homme sont les eaux des précipitations, les eaux de surface (cours d’eau et plans d'eau) et les eaux souterraines (nappes phréatiques). Les volumes d’eau disponibles en France Il pleut en moyenne, en France, 867 millimètres d’eau par an, soit 867 litres/m2. Ce qui correspond pour une surface de 551 500 kilomètres carrés, à 477 milliards m³ qui tombent chaque année sur l’ensemble de notre territoire ! 301 milliards m3 retournent à l’atmosphère sous forme d’évaporation et 176 milliards m3 rejoignent les cours d’eau qui se jettent à la mer ou s’infiltrent dans le sol. Toutes activités confondues (énergie, industrie, agriculture, particulier …), nous prélevons chaque année en France, pour notre consommation, 32 milliards m3, le reste rejoint l’océan ou le milieu naturel. Soit 6% de l’eau qui tombe sur la France. Et sur ces 32 milliards de m3 prélevés, la plus grande part, 25,85 milliards m3, est restituée par les utilisateurs au milieu naturel après utilisation, seuls 5,75 milliards sont réellement consommés par l’industrie, l’agriculture ou sous forme d’eau potable. L’eau indispensable à toute activité agricole Il n’y a pas d’agriculture sans eau : les plantes et les animaux sont des êtres vivants qui ont un besoin vital d’eau pour croître et se développer. L’agriculture occupe environ 33 millions d’hectares sur les 55 millions d’hectares que compte le territoire français. 94 % des surfaces agricoles ne sont pas irriguées. Notre nourriture dépend donc en très large majorité, des précipitations sur les parcelles cultivées (céréales, oléagineux, protéagineux, betteraves sucrières, légumes …) et les pâtures (pour l’herbe que consomment les animaux). Les cultures irriguées occupent 2 millions d’hectares, soit 6 % de la surface agricole utile. Parmi les activités agricoles, c’est l’irrigation qui consomme le plus d’eau, elle en prélève selon les sources et les années, entre 2,5 et 3,9 milliards de m3. Une étude récente conduite dans le cadre d’un programme de recherche Casdar, évalue le volume d’eau consommé par les exploitations agricoles françaises hors irrigation, à 400 millions m3, dont 80 % pour l’abreuvement des animaux. Eau potable, définition En France, nous avons la chance de disposer d’eau potable pratiquement partout. Si dans notre pays, et plus largement en Europe, la question de l’eau mobilise à ce point l’attention, c’est parce que nous souhaitons préserver les volumes disponibles et surtout, la très grande qualité de notre eau. Une eau est dite « potable », si on peut la boire sans risque pour la santé. Pour définir précisément ce qu’est une eau potable, des normes fixant les teneurs à ne pas dépasser pour un certain nombre de substances ont été établies. Elle ne doit contenir aucun germe pathogène (bactéries, virus), ni organismes parasites. Elle ne peut contenir certaines substances chimiques comme les nitrates, hydrocarbures, métaux lourds (plomb, mercure ...) ou produits phytosanitaires, qu’en très faibles quantités. Le taux maximum de nitrates autorisé est par exemple de 50 mg/l, celui des produits phytosanitaires est de 0,1 μg/l par substance active et 0,5 μg/l pour l’ensemble des produits phytosanitaires. L’eau doit enfin être claire et avoir un goût agréable.
LE CONTEXTE
Restrictions d’eau
Les printemps ou les étés secs que nous rencontrons assez régulièrement conduisent les préfectures à prendre des mesures de restrictions d’eau pour les particuliers comme pour les agriculteurs. C’est plus fréquemment le cas dans le Sud-Ouest ou le Sud-Est de la France, mais toutes les régions peuvent être concernées, y compris la Bassin Parisien (nappe de Beauce…) ou la Picardie. Ces mesures sont en général décrétées lorsque la pluviométrie ne permet pas de reconstituer le niveau habituel des nappes phréatiques.
Selon les scénarii avancés sur les changements climatiques, ces situations de sécheresses estivales risquent d’être encore plus fréquentes à l’avenir.
Directive cadre européenne
Soucieuse de la qualité de ses eaux, l’Union européenne a adopté le 23 octobre 2000, une directive cadre (directive 2000/60/CE) dans laquelle elle impose aux états membres d’atteindre un bon état écologique (biologique, chimique …) des eaux souterraines et superficielles (eaux douces et côtières) avant fin 2015. Ce délai était prévu pour dresser un premier état des lieux et élaborer des programmes pluriannuels permettant d’atteindre cet objectif.
En France, ce texte a été transposé par la loi du 21 avril 2004. Un premier état des lieux a été réalisé en 2004, il a fait l’objet d’une révision en 2009. Ce dernier bilan révèle que 43,7% des masses d’eau superficielles françaises bénéficient d’un état ou d’un potentiel écologique « bon ou très bon », 37,7 %, « moyen », et 16,5 %, « médiocre ou mauvais ». Cet état des lieux montre également que 44,8 % des eaux des surfaces et 59.2 % des eaux souterraines présentent un bon état chimique et que 21,1 % des eaux superficielles et 40,8 % des eaux souterraines en présentent un mauvais. Ces résultats annoncés début 2010, ont suscité de nombreux commentaires soulignant que « la France était encore loin des objectifs fixés par la directive cadre pour 2015 ».
Directive nitrates
Quelques années plus tôt, une autre directive européenne du 12 décembre 1991, dite directive « nitrates » a obligé les Etats-membres à mettre en place des actions pour lutter contre les risques de pollution par les nitrates. Son application en France (nous en sommes au 4ème volet) a conduit à délimiter sur le territoire des « zones vulnérables », dans lesquelles des mesures précises ont été définies. Ces mesures peuvent varier selon les départements mais elles portent pour l’essentiel sur la mise en place progressive sur l’ensemble de l’exploitation, de couverts végétaux entre les cultures pendant la période hivernale (100 % en 2012), le plafonnement des apports d’azote organiques, la tenue de cahiers d’épandage des fumures et l’établissement de plans de fumure prévisionnels, le respect de calendriers d’épandage, des restrictions d’apport à proximité des eaux de surface, sur sols en forte pente, sur sols inondés, gelés ou enneigés …
La gestion de l’eau, une priorité de la PAC
L’enjeu majeur de la PAC, Politique Agricole Commune, est de garantir l’approvisionnement alimentaire des européens, tout en assurant la pérennité des moyens de production et la préservation de l’environnement. Lors du « bilan de santé de la PAC » réalisé en 2008, la Commission européenne a identifié la gestion de l’eau comme l’un de ses six « nouveaux défis », au même titre, en matière de préservation de l’environnement, que la biodiversité, les énergies renouvelables et la lutte contre le changement climatique. Cette volonté se traduit par une réorientation d’une partie des aides du premier « pilier » de la PAC, vers le second, par ce que l’Union Européenne a appelé la modulation des aides. Cette modulation qui était de 5 % en 2003, passera progressivement à 10 % en 2013. Les aides du deuxième pilier sont destinées à des mesures favorisant la protection de l’environnement et notamment la ressource en eau. Parmi les plus importantes d’entre elles, figurent les mesures agro-environnementales (MAE).
Rétrocéder une eau potable
Parce qu’elle s’exerce en très large majorité sur les sols qui reçoivent l’eau de pluie et la filtrent, l’agriculture a la particularité d’être la seule activité développée aujourd’hui sur le territoire, à qui on demande de rétrocéder une eau potable. L’eau qui retourne au milieu naturel après usage agricole doit ainsi répondre aux normes pour la consommation humaine.
LES QUESTIONS SOULEVEES
Volumes d’eau utilisés par l’agriculture
L’irrigation est souvent montrée du doigt comme trop grande consommatrice d’eau. Elle utilise selon les années aux alentours de 3,9 milliards de m3 d’eau, soit 12 % des ressources prélevées en France par l’homme, toutes activités confondues (Source: Agences de l’eau / SOeS - 2010). Les forêts sont elles aussi de grandes consommatrices d’eau, à raison de 2000 à 6000 m3 d’eau/ha/an (200 à 600 mm d’eau/m2 /an) en milieux tempérés, selon les essences et la densité des arbres. Julien Fiqueron de l’Inra de Nancy souligne d’ailleurs que la forêt consomme en général plus d'eau qu'un autre type de couvert végétal : « le déboisement a habituellement pour effet d'augmenter la production d’eau d'un bassin versant, et le reboisement de la réduire ».
En fait, en France, l’irrigation a le défaut de prélever de l’eau en plein été, au moment où la pluviométrie est la plus faible, où les besoins en eau se font le plus sentir aux yeux des citoyens et où les restrictions sur l’utilisation de l’eau sont mises en place. C’est surtout le maïs qui représente environ la moitié des surfaces irriguées, qui focalise l’attention : si les consommateurs acceptent volontiers que l’on irrigue des légumes destinés à l’alimentation humaine, ils ont plus de mal à concevoir que l’on irrigue des productions principalement destinées à l’alimentation des animaux.
Risque de pollution par les engrais
La pollution de l'eau par les engrais, en particulier par les nitrates, a été favorisée par la mise en place dans les années 1970-1980, de méthodes de production plus intensives, qui se sont accompagnées d’une utilisation accrue d’engrais chimiques en grandes cultures, et d’une concentration plus importante des élevages avec notamment le développement d’élevages hors-sol (poulets, porcs) et la production plus importante d’engrais organiques. Les sources de pollution par les nitrates sont essentiellement diffuses, c’est-à-dire qu’elles concernent des rejets en de multiples points difficiles à localiser et qui, au fil du temps, finissent par s’accumuler. A partir des années 1980, on a observé une dégradation par les engrais de la qualité des eaux de certains cours d’eau et de certaines nappes superficielles ou même de nappes plus profondes, comme cela a aussi été le cas avec les phosphates des lessives, les médicaments, les hormones…
Ce sont les rejets de phosphore qui provoquent des risques d’eutrophisation (asphyxie des eaux d'un lac ou d'une rivière par un apport excessif de substances nutritives) dans les eaux douces (rivières ou plans d’eau), alors que les concentrations d’azote ou de nitrates posent problème dans les eaux salées. Dans l’eau de mer, les apports de phosphore d’origine agricole sont en effet très faibles au regard des quantités très importantes de phosphore déjà présentes dans les sédiments marins. La pollution par l’azote ou les nitrates a été très médiatisée, car elle est à l’origine de la prolifération d’algues vertes dans les baies bretonnes peu profondes comme celles de Saint Brieuc ou de Lannion.
Risque de pollution par les produits phytosanitaires
Dans la même logique, l’utilisation plus importante de produits phytosanitaires a elle aussi conduit à des excès. Les produits phytosanitaires peuvent contaminer le milieu par des pollutions ponctuelles (accidents de stockage, débordement de cuve) ou diffuses (ruissellement et infiltration).
Selon l’Observatoire des Résidus de Pesticides, au cours de l’année 2008, l’eau distribuée en France a été de bonne qualité vis-à-vis de ses teneurs en produits phytosanitaires, puisque 91,9 % de la population a été alimentée par une eau qui respectait en permanence les limites fixées par la réglementation après traitement. La qualité de l’eau distribuée au robinet ne doit toutefois pas faire oublier que certaines ressources en eau présentent un taux de résidus de produits phytosanitaires supérieur à la réglementation et que des solutions curatives sont parfois nécessaires. En 2007, 0,9% des points d’observation des eaux de surfaces présentaient une concentration totale en produits phytosanitaires, en moyenne annuelle supérieure à la règlementation de 5 µg/l. 17,8 % des eaux souterraines n’étaient pas aux normes (voir ci-contre chiffres clés). Pour les pesticides, les limites de qualité fixées par la réglementation, sont dans l’eau du robinet, de 0,10 µg/l pour chaque pesticide et 0,50 µg/l pour le total des substances mesurées. Dans les eaux brutes, les limites sont de 2 µg/l pour chaque pesticide et de 5 µg/l pour le total des substances mesurées.
Une grande partie des problèmes de qualité des eaux rencontrés aujourd’hui avec les produits phytosanitaires, vient de produits maintenant interdits comme l’atrazine, la terbuthylazine, la simazine, le diuron…
Pour en savoir plus sur les risques de pollution par les produits phytosanitaires : http://www.invivo-group.com/dossier/27/les-phytosanitaires-a-bannir
PERSPECTIVES ET SOLUTIONS
Une meilleure gestion de l’irrigation
Les volumes d’eau utilisés par l’agriculture et en particulier par l’irrigation sont à relativiser. Les surfaces concernées ne représentent que 6 % des surfaces cultivées en France et les quantités d’eau sont très modestes au regard des volumes d’eau qui retournent à l’océan ou dans le milieu naturel. Par rapport à la plupart des autres pays qui font appel à l’irrigation, en France, les cultures irriguées sont peu gourmandes en eau (voir encadré). Cela étant dit, ce n’est pas parce que nous disposons de ressources confortables que nous pouvons nous permettre des gaspillages. Les agriculteurs irrigants en sont conscients et ont engagé depuis une quinzaine d’années des mesures pour adapter au mieux les quantités d’eau apportées aux cultures, en fonction de leur besoin (outil de pilotage de l’irrigation, amélioration des matériels d’aspersion …). De même, les sélectionneurs ont mis en place des programmes de recherche pour mettre au point des variétés qui résistent mieux à la sécheresse. Aujourd’hui, 98 % des agriculteurs irrigants sont équipés de compteurs volumétriques. Ils peuvent ainsi se conformer rigoureusement aux programmes de limitation des prélèvements. Des maïsiculteurs se sont réunis pour rédiger et diffuser une « Charte de l’Irrigant », dans laquelle ils prennent volontairement des engagements précis et contraignants visant à économiser l’eau.
En parallèle à ces efforts de maîtrise des volumes disponibles, l’idéal serait de stocker l’eau qui tombe en abondance pendant l’hiver pour mieux la répartir pendant l’été. Nombre d’agriculteurs aimeraient pour cela disposer de l’appui des collectivités pour financer des retenues d’eau et des bassins de stockage de proximité.
Amélioration de la qualité de l’eau, des efforts déjà engagés
Les agriculteurs ont également engagé des efforts importants depuis une vingtaine d’années, pour limiter les risques de pollution des eaux par les engrais et les produits phytosanitaires : outil de pilotage des apports d’azote (dose et fractionnement) aux stricts besoins des plantes (Ramses, Epicles, Jubil, Farmstar, GPN …), mise aux normes des bâtiments d’élevage (plans PMPOA), baisse de l’utilisation des produits phytosanitaires (avertissements agricoles, outils de diagnostic de la présence de maladies ou d’insectes, plan Ecophyto 2018…), interdiction de certaines substances actives, mises en place de bandes enherbées le long des cours d’eau pour éviter la pulvérisation de produits phytosanitaires dans l’eau et surtout contenir les flux de ruissellement, implantation de couverts végétaux pendant l’hiver pour éviter que les nitrates ne soient lessivés dans le sous-sol, sécurisation du stockage des engrais ou des produits phytosanitaires sur les exploitations … Aujourd’hui en France, les outils d’aide à la décision pour une bonne gestion des nitrates sont utilisés sur quelques 2 millions ha par les coopératives adhérentes du réseau InVivo Agro
Résultat, la qualité de l’eau s’est nettement améliorée en particulier pour les eaux de surfaces. Les améliorations ne sont pas encore sensibles pour les eaux souterraines à temps de renouvellement long, mais certaines nappes superficielles montrent déjà une tendance à la baisse des concentrations en nitrates. Ces mesures mettent du temps à porter leurs effets sur la qualité de l’eau souterraine. Les nitrates ou les substances actives qui sont décelées aujourd’hui dans les nappes phréatiques ont été apportées il y a parfois plus de vingt ans. L’une des substances actives que l’on retrouve encore le plus aujourd’hui, l’atrazine (et surtout son métabolite, la deséthylatrazine) est ainsi interdite en France, depuis 2003.
Zones vulnérables et mesures agri-environnementales (MAE)
Pour renforcer les efforts des agriculteurs et les décisions réglementaires, des mesures spécifiques ont été prises en France, dans les zones définies comme vulnérables (quantité maximum de fumiers ou de lisiers d’élevage, couverts végétaux pendant l’hiver …).
De même, des mesures agri-environnementales (MAE) destinées en priorité aux bassins d’alimentation de captage d’eau potable, ont été initiées : ces MAE imposent aux agriculteurs qui y souscrivent, un cahier des charges assez strict en terme de conduites culturales et surtout de diminution des engrais ou des produits de protection utilisés (limitation d’intrants). Même si ces mesures s’accompagnent d’une aide financière de l’Union Européenne, elles ont du mal à couvrir complètement le préjudice économique subi d’autant que les droits à produire des exploitants agricoles peuvent être remis en cause lors de la signature de certaines MAE à limitation d’intrants. D’autres moyens pour obtenir les résultats escomptés, qui pourraient être plus incitatifs pour les agriculteurs, sont sans doute à imaginer.
Vers une rémunération du service environnemental
Jusqu’à présent en France, l’approche retenue pour le calcul des aides aux agriculteurs est celle de la compensation de coûts et non de la rémunération d’un service. Au moment où la dimension environnementale est appelée à prendre une place de plus en plus importante dans la production agricole, certains réfléchissent à de nouveaux outils qui permettraient de rémunérer les services environnementaux fournis par les agriculteurs. Ceux-ci adhèreraient plus facilement s’ils étaient rémunérés pour le service qu’ils rendent à la société plutôt que de recevoir des subventions pour compenser des pertes éventuelles. Dans le domaine de l’eau, il peut s’agir de préservation de l’eau en qualité et en quantité, de la lutte contre l’érosion des sols, de la protection contre les inondations … Des expériences ont ainsi déjà été conduites en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis. Dans les années 1980, plutôt que de créer une nouvelle usine de traitement des eaux, la ville de New York a préféré passer des contrats de longue durée avec les agriculteurs et les propriétaires forestiers présents sur les bassins versants en amont de ses sources d’approvisionnement. Le résultat a été très positif, la ville a travaillé à partir de plusieurs dispositifs qui finalement lui sont revenus moins chers en termes d’investissement que le coût de construction d’une usine. Le bureau de la prospective du ministère de l’agriculture français vient de consacrer une étude à ce type d’initiatives (sources : http://agriculture.gouv.fr/IMG/pdf/doctravail_2_services_environ.pdf).
En Allemagne, pour éviter les risques de pollution par les nitrates dans son eau, la région du BadeWurtemberg a opté depuis 1988 pour un système de contrôle des exploitations agricoles avec incitations financières ou pénalités. Dans les périmètres de captage de l’eau, les agriculteurs doivent s’engager à respecter un cahier des charges pour leurs pratiques agricoles. Une mesure des reliquats azotés dans les sols est réalisée sur un tiers des surfaces cultivées chaque année. Si la teneur en azote du sol est inférieure à 45 kg/ha, l’exploitant reçoit une aide financière. Si cette teneur se situe entre 45 et 90 kg/ha, l’agriculteur ne touche rien. Au-delà, il est sanctionné financièrement. Ce dispositif financé par les consommateurs d’eau, a donné des résultats positifs puisque les teneurs en azote des sols ont diminué. La région réalise jusqu’à 100 000 analyses des sols par an.
(source : http://www.inra.fr/internet/Departements/ESR/publications/cahiers/pdf/spaeter.pdf?PHPSESSID=49a30f8f1a8eba59a68f1037d99fe92d)
Chiffres-clés

Répartition des prélèvements d'eau par usage en France
En 2007, 31 600 millions m3 d’eau prélevés au total en France
- 59 % (18,8 Mm3) pour la production d’énergie
- 10 % (3,1 Mm3) pour les besoins de l’industrie
- 12 % (3,9 Mm3) pour l’irrigation
- 18 % (5,8 Mm3) pour l’eau potable
Source: Agences de l’eau / SOeS - 2010 (Données 2007)
pour aller plus loin
Arrêté du 11 janvier 2007 relatif aux limites et références de qualité des eaux brutes et des eaux destinées à la consommation humaine :
Projet Casdar «gestion durable des ressources en eau» :
LIEN VERS LE PROJET
Chiffres-clés

Répartition de l’origine des prélèvements d’eau en France
- 18 % proviennent des eaux souterraines
- 82 % proviennent des eaux de surface
Source: Agences de l’eau / SOeS - 2010 (Données 2007)
Chiffres-clés

Volume d’eau nécessaire à la production des principales denrées agricoles (précipitations et irrigation)
- 238 litres/kg de maïs fourrage
- 346 litres/kg de banane
- 454 litres/kg de maïs grain
- 524 litres/kg d’orge
- 590 litres/kg de pomme de terre
- 590 litres/kg de blé
- 900 litres/kg de soja
- 1600 litres/kg de riz pluvial
- 5000 litres/kg de riz inondé
- 5263 litres/kg de coton
Alors qu’il est souvent décrié pour sa trop forte consommation en eau, le maïs est finalement l’une des cultures sur la planète qui, par kg produit, nécessite le moins d’eau. En France, la principale production est le blé. Au regard des autres cultures, sa consommation en eau reste aussi modeste.
(source : CNRS)
En savoir plus

Loi sur l’eau et les milieux aquatiques
L’usage de l’eau en France est régi par la loi sur l’eau et les milieux aquatiques (Lema) n°2006-1772 du 30 décembre 2006
En savoir plus

Qualité des eaux vis-à-vis des nitrates
En France, où la norme de potabilité est à 50 mg/l, la dernière campagne de surveillance des nitrates a mis en évidence qu’une proportion importante des 1688 échantillons prélevés en rivières avait une teneur moyenne en nitrates inférieure à 25 mg/l. 3% des points surveillés présentaient une teneur moyenne supérieure à 40 mg/l et seuls 1 % était au-delà du seuil de 50 m/l.
Chiffres-clés

Qualité de l’eau au robinet et produits phytosanitaires
Pourcentage de la population alimentée par une eau de qualité vis-à-vis des pesticides - 2008 91,9 %
- 2007 91,6 %
- 2006 94,9 %
- 2005 93,8 %
(Source : Observatoire des Résidus de Pesticides)
Chiffres-clés
Qualité des eaux superficielles et produits phytosanitaires
Sur 2023 points d’observation vis-à-vis des produits phytosanitaires (453 molécules recherchées) :
- 9,2% n’ont pas mis en évidence de présence de produits phytosanitaires
- 44,9 % présentent une concentration totale (en moyenne annuelle) inférieure à 0,1 µg/l
- 28,2 % présentent une concentration totale (en moyenne annuelle) comprise entre 0,1 µg/l et 0,5 µg/l
- 16,8 % présentent une concentration totale (en moyenne annuelle) comprise entre 0,5 µg/l et 5 µg/l
- 0,9% présentent une concentration totale (en moyenne annuelle) supérieure à 5 µg/l ;
(Source : SOeS 2010, Données 2007)
Chiffres-clés

Qualité des eaux souterraines (eaux brutes) et produits phytosanitaires
Sur 1963 points d’observation de la qualité des eaux souterraines vis-à-vis des produits phytosanitaires (497 molécules recherchées) :
- 82,2 % respectent les normes de qualité
- 14 % présentent au moins une substance dont la concentration moyenne est supérieure à la norme alors que les concentrations moyennes en produits phytosanitaires totaux restent conformes à la réglementation ;
- 3,8 % ne respectent pas les normes de qualité, ni pour la concentration totale en produits phytosanitaires, ni pour la concentration par substance active.
(Source : SOeS 2010, Données 2007)
focus02

L’eau des villes et l’eau des champs
A noter que les sols cultivés absorbent l’eau et leurs sous-sols la stockent et la filtrent. Ce n’est pas le cas des surfaces bétonnées et macadamisées toujours plus importantes des villes. Les eaux de pluies en milieu urbain, drainent toutes sortes de substances indésirables, ce qui oblige de les traiter en station d’épuration. Mais les stations d’épuration ne traitent pas toutes les substances susceptibles de se retrouver dans les eaux pluviales, les médicaments, produits phytosanitaires utilisés dans les jardins, bordures de routes …
pour aller plus loin

La double origine de l’AMPA, produit de dégradation du glyphosate
L’une des principales substances actives retrouvées dans les eaux est le glyphosate, un herbicide très utilisé pour le désherbage des parcelles agricoles, des espaces verts, des jardins, des routes et des voies ferrées. Son principal produit de dégradation, l’AMPA, Acide amino méthyl phosphonique, a été inclus aux côtés du glyphosate, dans les suivis officiels des eaux. Or l’AMPA peut également être produit par la dégradation d’autres substances et en particulier par des détergents. La présence de cette molécule dans l’eau est à ce jour systématiquement attribuée à celle de l’herbicide.
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Une bonne gestion des lisiers
En élevage, il existe aussi des solutions pour réduire les risques de pollutions engendrés par les lisiers (nitrates ou phosphores). Le procédé Cycliz de gestion des lisiers de porcs, qui vient d’être breveté par le Centre de recherches zootechniques du groupe InVivo, permet par un système « de type chasse d’eau », de traiter les lisiers et de récupérer sous forme d’engrais minéral l’azote et le phosphore des déjections. Ce procédé permet en même temps d’améliorer les performances zootechniques de l’élevage et de réduire considérablement les odeurs dans les bâtiments d’élevage, accroissant ainsi le confort de travail pour les éleveurs.




