Enjeux - Les attaques contre la viande sont-elles justifiées ?
PERSPECTIVES ET SOLUTIONS
Productions végétales et productions animales
Sans vouloir sous-estimer la concurrence entre productions végétales et productions animales pour l’accès aux terres cultivables, ni les risques de déforestations pour accroître la production de denrées agricoles, notons qu’au cours des trente dernières années, la production de viande sur la planète a déjà doublé, elle est en effet passée de 136,8 millions tonnes en 1980, à 278 millions tonnes en 2008. Ce que prévoit aujourd’hui la FAO est un nouveau doublement au cours des quarante prochaines années. De nombreux programmes de recherche sont actuellement engagés à l’échelle de la planète, à la fois chez les sélectionneurs privés et les organismes publics pour accroître le potentiel de rendement des végétaux, leur résistance aux maladies, à la sécheresse, à la salinité des sols. Ces efforts devraient porter leurs fruits.
A noter également que dans les pays développés, la consommation de viande a tendance à diminuer. La France en est une bonne illustration, sa consommation de viande a baissé de 7 % au cours des dix dernières années.
Les populations dont le pouvoir d’achat s’accroit cherchent en général à consommer davantage de viande. La viande est un signe de réussite, une sorte de revanche sociale. A présent, lorsqu’une population accède à un niveau de vie élevé, le nouveau modèle à suivre est plutôt celui de la consommation de fruits et légumes et des viandes les plus maigres possible.
Effet de serre, la contribution de l’élevage et des prairies
L’évaluation de la contribution de l’élevage à la production de gaz à effet de serre comporte de nombreuses incertitudes car elle ne distingue ni le niveau de production des animaux, ni le système de production (la marge d’erreur serait de 30 à 50 %). Et surtout elle ne prend pas en compte le rôle de prairies dans le stockage du carbone, qui sont capables selon l’Inra, d’en stocker autant qu’une forêt. En France, les prairies occupent 15 millions d’hectares, elles permettraient par le stockage de carbone dans le sol, de compenser aux alentours de 30 % des émissions de gaz à effet de serre des ruminants. C’est d’ailleurs plus largement la question de la valorisation des apports des activités agricoles à la société, des « aménités », qui se pose. L’Association Française pour la Production Fourragère réfléchit tout particulièrement à la contribution des prairies dans notre pays.
Les chercheurs s’étaient peu intéressés jusqu’à présent aux émissions de méthane liées à la rumination mais des programmes de recherche ont démarré sur l’amélioration génétique des animaux, sur leur alimentation, sur la flore bactérienne du rumen comme sur l’amélioration génétique des plantes (variétés d’herbes ou maïs plus digestibles …). Des travaux sont également en cours pour sélectionner des variétés capables de stocker plus de carbone dans le sol.
En complément de la baisse de l’utilisation des engrais, les éleveurs cherchent aussi à réduire leur impact sur l’environnement en réduisant leur consommation d’énergie ou de produits phytosanitaires. Depuis une dizaine d’années, incités par les Pouvoirs Publics, ils ont aménagé leurs bâtiments d’élevage de façon à ce que les déjections soient stockées sans risque d’écoulement vers l’environnement. Ils ont établi des « plans d’épandage » afin d’apporter les fumiers et lisiers sur les cultures, à la bonne dose pour les plantes et au bon moment.
La viande et ses qualités nutritionnelles
Dans certains pays, l’excès de consommation de viandes grasses peut entraîner un surpoids ou accentuer les risques de maladies cardio-vasculaires, mais ce n’est pas le cas en France. Les français dans leur très grande majorité, ne sont pas de « très gros mangeurs de viande » à l’image de ce qu’on observe outre-atlantique.
Les études qui incriminent la viande sont d’ailleurs souvent des études américaines. Entre la viande que nous mangeons en Europe et celle qui est consommée aux Etats-Unis, l’écart lié au mode d’élevage est considérable : 100 g de filet de bœuf contiennent 150 calories en France, 300 aux Etats-Unis, 4 % de lipides, chez nous, 24.9 % de ‘autre côté de l’Atlantique ! (professeur David Khayat, chef de service à la Pitié-Salpêtrière)
S’il est reconnu que la viande grillée au barbecue favorise l’apparition de certains cancers, la consommation modérée de viande ne semble pas avoir d’effets néfastes sur la santé, au contraire (British Nutrition Foundation, www.nutrition.org.uk). En France, le PNNS (Programme National Nutrition Santé) recommande de consommer un aliment du groupe « Viandes, poissons, oeufs » une à deux fois par jour en alternance.
De nombreux travaux sont conduits sur les viandes ou les produits d’origine animale de demain. Ils mettent en évidence que les animaux nourris avec des aliments riches en omégas 3 fournissent à leur tour une viande, des œufs ou du lait bénéficiant d’un profil en acides gras beaucoup plus équilibré (Bernard Schmitt, Cern, centre d'enseignement et de recherche en nutrition - Centre Hospitalier Bretagne Sud Lorient). Ce qui leur permet de lutter efficacement contre les maladies cardio-vasculaires ou les excès de cholestérol.
Les protéines d’origine animale jouent aussi un rôle important dans la lutte contre l’ostéoporose, maladie essentiellement féminine qui se caractérise par une fragilité osseuse. Les apports de calcium et de vitamine D, sont indispensables pour maintenir un bon capital osseux et des travaux ont aussi mis en évidence l’existence d’une relation étroite entre l’apport protéique et le métabolisme osseux. Pour Françoise Pradier du Centre de Recherche et d’Information Nutritionnelles (Cerin), des études récentes ont montré qu’une consommation de protéines inférieure aux apports recommandés pourrait être un facteur de risque supplémentaire dans la survenue de l’ostéoporose, et ceci dès la puberté.
Bien être animal et limitation des risques de pollution, une préoccupation de l’Union Européenne
L’Union Européenne s’est penchée depuis plusieurs années, sur la question du bien-être animal, en imposant aux éleveurs de nouvelles règles de conditions d’élevage mais aussi en légiférant sur l’amélioration du transport des animaux et sur les règles d’abattage. Ces règles sont déclinées au travers d’une réglementation dans chacun des états-membres.
En matière d’odeurs et de risque de pollution (fuites de nitrates), les élevages d’aujourd’hui n’ont plus rien à voir avec ceux d’il y a dix ou quinze ans. L’évolution de la réglementation et la mise aux normes des bâtiments d’élevage ont permis de réduire considérablement leur impact sur notre environnement.
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En savoir plus

L'ombre portée de l'élevage - Impacts environnementaux et options pour leur atténuation. Rapport de la FAO (2009). www.fao.org/docrep
L’impact environnemental des systèmes de production de viande. Rapport commandé par l’Office International de la Viande. www.meat-ims.org
Le bien-être animal en France www.civ-viande.org
pour aller plus loin

Un plan de réduction d'utilisation des antibiotiques
Pour lutter contre l’apparition de résistance aux antibiotiques dans les élevages, un plan stratégique de réduction de l’utilisation des antibiotiques pourrait bientôt voir le jour en France, à l’image du plan Ecophyto 2018 qui a été mis en place pour les produits phytosanitaires. Une baisse générale de leur prescription de 12 % en 10 ans, a été évoquée, elle pourrait être fixée à - 25 ou - 30% pour les molécules les plus fréquemment utilisées.




