Enjeux - La PAC est-elle indispensable ?
LES PERSPECTIVES
Entre nécessité de nourrir la planète et repli sur soi
Depuis son instauration en 1962, la PAC a été réformée régulièrement pour s’adapter à l’évolution de la production, à l’élargissement de ses frontières, au contexte international, aux préoccupations de ses concitoyens en matière d’environnement …
Alors qu’elle vient d’assister quasi-impuissante à la crise alimentaire mondiale de 2007-2008 et à l’effondrement des cours de pratiquement toutes les matières premières agricoles, en 2009, l’Europe doit aujourd’hui préparer une nouvelle page de l’histoire de la PAC, celle de l’après 2013.
Or aujourd’hui la vision politique de l’Europe pour son agriculture est assez floue. Selon les pays, les couleurs politiques, les sensibilités, des logiques diamétralement opposées s’affrontent.
Nous sommes actuellement 6 milliards d’habitants sur la planète, nous serons 9 milliards en 2050, que l’agriculture va devoir nourrir. Certains estiment que l’Union Européenne doit être un élément clé du dispositif à mettre en place pour y parvenir …
d’autres au contraire pensent que ce n’est pas l’affaire de l’Europe, et que l’UE doit concentrer sa production et jouer prioritairement la carte de la qualité pour répondre aux besoins des consommateurs européens.
Certains estiment qu’il faut poursuivre dans la voie du libéralisme (suppression des quotas laitiers, réduction des droits de douanes, des aides directes …) pour moderniser davantage encore l’agriculture et faire baisser le prix de l’alimentation …
d’autres au contraire pensent qu’il est impératif de faire machine arrière, et de rétablir des outils spécifiques pour préserver le modèle d’agriculture européen.
Certains estiment qu’il faut renforcer les mesures en faveur de l’environnement et de l’agriculture biologique …
d’autres au contraire pensent qu’il est plus judicieux de marquer une pause, pour ne pas décourager trop d’agriculteurs.
Au plus près des préoccupations des citoyens européens et des citoyens du monde
Les évolutions et les ajustements récents de la PAC (découplage total des aides céréales, suppression de la jachère, modulation, éco-conditionnalité...) intègrent davantage les attentes des citoyens européens en matière de qualité, de sécurité ou d’environnement. Ils traduisent également la volonté de l’UE d’accompagner les agriculteurs du sud dans leur développement.
Depuis 2001, l’Union Européenne a instauré la réduction progressive, voire l’élimination totale, des droits de douane pour la totalité des produits, à l’exception des armes, importés des 48 pays les plus pauvres du monde (engagement « tout sauf les armes »).
En 2009, l’Union Européenne a ainsi ouvert ses frontières, sans droit de douanes, aux importations de sucre en provenance des pays les moins avancés. Elle a accepté de réduire fortement sa production de sucre, de mettre à mal le revenu de ses producteurs de betteraves et de fermer une partie de ses sucreries, pour permettre aux pays les plus pauvres de développer cette activité chez eux.
L’alimentation, une arme stratégique - L’agriculture, un instrument d’aménagement du territoire
L’agriculture n’est pas une activité comme les autres. Les produits alimentaires ne sont pas des produits comme les autres.
La PAC a permis à l’Europe de ne plus être dépendante de l’extérieur, pour une bonne partie de ses besoins alimentaires, c’est un choix stratégique majeur qui n’est pas remis en cause.
La PAC a aussi permis à l'agriculture européenne de se maintenir et de se développer, en particulier dans les régions difficiles. L'agriculture est présente partout en Europe, ce qui en fait un facteur majeur de l'aménagement du territoire. L'activité agricole est beaucoup moins concentrée autour des villes et des voies de communication que les autres types d'activité.
Grâce à la PAC, les agriculteurs ne jouent pas uniquement un rôle économique mais participent aussi à la protection de l’environnement. Demain la PAC, sera peut-être également un outil qui permet la production et la rémunération de services environnementaux ou de « biens publics environnementaux » : L’agriculture ne contribue-t-elle pas aussi à la réduction des gaz à effet de serre, par la fixation du gaz carbonique par les cultures, par la production d’électricité à partir d’énergie solaire et éolienne, ou par la valorisation des co-produits et des déchets ?
1 2 3 4 / Tout afficher
focus02

La PAC, un coût relatif
La PAC coûte environ 30 cents par jour à chaque citoyen européen.
Puisque la PAC est la seule politique financée par le budget communautaire, elle représente une part relativement importante du budget de l’Union Européenne. Toutefois, malgré les élargissements successifs de l’UE, les dépenses de la PAC, y compris celles destinées au développement rural, sont passées de 71% du budget européen en 1980, à 43 % en 2008, et ne devraient pas être supérieures à 40% en 2013.
Le Copa-Cogeca*, a calculé qu’en 2013, pour chaque tranche de 100 € du revenu national
brut de chaque pays de l’UE, 0,98 € seront assignés au budget communautaire
dont 0,40 € à la PAC, développement rural inclus.
La PAC a aussi permis de réduire le coût de l’alimentation au sein de l’Union Européenne : actuellement, la part de l’alimentation ne représente plus que 14% dans le budget des familles contre environ 30% au début des années 80 (Sources : Insee – Evolution de la consommation des ménages depuis 40 ans).
*porte parole des agriculteurs et des coopératives agricole européennes
